Épisode 169 : Des décisions qui changent une vie

DANS LA TÊTE DE KIYA

On dirait que cette discussion date de plusieurs semaines. Pourtant, c'était il y a quelques jours seulement. David ne m'a pas reparlé depuis. Je sais qu'il veut ce bébé-là. Et malgré tout ce que je peux dire, je le veux aussi. Mon avortement semble s'être passé hier. J'aurais pu avoir ce bébé avec Jeff. J'aurais sûrement dut d'ailleurs. Mais notre décision a été prise en toute connaissance de cause. Un commun accord. Et avec David, c'est aussi devenu, par dépit plus qu'autre chose, une décision commune de garder le bébé. C'est drôle, autant je me sentais mal d'être enceinte d'un 2e enfant de David, autant j'en suis pratiquement réjouie aujourd'hui. Lee-Ann aura une s½ur ou un frère de sang, un vrai, pas de demi-frère ou de demi-s½ur. C'est bizarre, on dirait que j'ai toujours voulu qu'elle ait quelqu'un du même sang sur qui elle pourrait toujours compter. Comme si mon cerveau savait d'avance que j'aurais un autre enfant de David. Mes pensées vagabondaient quand je suis entrée chez Thalie-Anne et Charles avec ma puce dans les bras.

K : Allô, on est arrivées!
LA : Thomas !
T : On est dans la cuisine !

J'ai aidé Lee-Ann à enlever sa petite veste et elle a accouru vers la cuisine. Je la suivis en souriant. Thalie coupait des légumes pour le dîner et Charles habillait Thomas sur la table.

T : Bonjour Bella! T'es ben belle aujourd'hui !
K : Pas plus que d'habitude je trouve !
C : Mais c'est vrai, t'es radieuse.
K : Ben merci !

Lee-Ann alla aider Charles avec Thomas pendant que j'aidais Thalie à faire le dîner.

T : Alors, quoi de neuf Bella?
K : Pas grand chose. Lee-Ann pose souvent des questions sur Nikki mais c'est moins pire depuis quelques jours. Et toi ?
T : J'ai hâte que Charles retourne en tournée !
C : Hey, je t'ai entendu !
T : Des farces ! Tout va bien, Thomas a commencé à faire ses nuits, c'est manifique. Je peux enfin me reposer pour vrai ! Oh Charles, est-ce que tu irais jouer avec les enfants au salon, ça fait du bruit pas mal quand Lee-Ann et Thomas s'amusent !
C : Chef oui chef !

Charles rigola et prit Thomas contre lui et prit la petite main de Lee-Ann et ils allèrent au salon. Je coupais sagement quelques carottes quand j'ai eut soudain une envie de partager mon petit bonheur.

K : Dis Thalie, qu'est-ce que tu dirais si je retombais enceinte ?
T : Je te demanderais c'est qui le père parce qu'à ma connaissance, y'avait pas de gars dans ta vie.
K : Bon point.
T : Pourquoi tu me demandes ça ?
K : Ben je suis enceinte.

Thalie laissa tomber son couteau et me regarda, figée. J'ai fait un petit sourire en coin. Thalie essuya ses mains sur son tablier et, m'interrogea du regard.

K : Quoi ?
T : C'est qui ?
K : Euh... David.
T: You got to be kidding! T'es sérieuse?
K : Très.
T : Woah... T'es avec David ?
K : Non. On a juste un peu... disons couché ensemble par erreur.
T : Kiya, on couche jamais avec quelqu'un par erreur.
K : Moi oui.
T : Et tu le gardes ?
K : On a décidé de le garder.
T : On ? David le sait ?
K : On l'a apprit en même temps à l'hôpital.

Je lui ai tout raconté. Notre discussion, nos arrangements. Elle m'écoutait sans rien dire et moi, je déblatérais tout ça d'un bout, sans même respirer. Quand j'ai eu terminé, j'ai pris une grande respiration et un sourire est apparu sur ses lèvres. Elle m'a serré dans ses bras en me félicitant. J'ai eu les larmes aux yeux. Thalie a toujours été la juge la plus sévère envers moi-même. Alors de savoir qu'elle était heureuse pour moi, ça me faisait si chaud au c½ur !

T : Alors, c'est quand on le dit à Jeff ?
K : Je vais le faire bientôt. Ne lui en parle pas avant que je l'aies fait! Faut que je trouve les bons mots. J'ai quand même «tuer» son bébé...
T : C'était d'un commun accord Bella. T'en fais pas, il a tourné la page là-dessus.
K : Sûrement. Dis, ça te dérange si je te laisse Lee-Ann ?
T : T'étais pas sensé manger avec nous ?
K : J'irais chez Milagro. J'ai pas le goût de travailler enceinte. J'ai envie de profiter pleinement de ma grossesse cette fois-ci.
T : Chouette ! Tu vas pouvoir comparer ta bédaine avec celle de Jamie !
K : Ouais on verra ! Bon, je te laisse ! À tantôt !

Je suis allée embrasser Lee-Ann et je suis sortie. J'ai pris un taxi jusqu'au siège social de Milagro Records. J'en ai eu pour un bon 2 heures à tout organisé avec Lauren. Et après coup, je me suis sentie soulagée.

DANS LA TÊTE DE THALIE-ANNE

Les jours ont passés. Thomas continuait d'être un bébé parfait. Charles devait partir quelques jours plus tard. Jeff devait venir souper. J'avais fait tout un souper de roi! J'adore faire la cuisine depuis quelques temps! Ça me détend. Quand Jeff est arrivé, il avait un beau sourire sur les lèvres. Il semblait plus heureux que ce que j'avais l'habitude de voir dans son visage. Il devait avoir parlé avec Kiya. C'était toujours évident quand il lui avait parlé. Il s'illuminait toujours. Je l'ai invité à la cuisine avec un bon verre de vin rouge. Jeff l'accepta joyeusement et en prit une gorgée.

J : Très bon choix de vin Thalie.
T : C'est le choix de Charles. J'suis zéro en vin !
J : Ah c'est vrai ! Je peux t'aider pour quelque chose ?
T : Tu veux bien me couper des tomates pour la salade ?
J : Avec plaisir ma chère.

On a discuté un moment pendant qu'on terminait le souper. Puis, alors que Charles allait coucher Thomas, j'ai abordé le sujet de Kiya.

T : T'as vu Bella dernièrement ?
J : Ça fait 2 jours que je passe chez elle.
T : Ah alors t'as su pour sa grossesse !
J : Grossesse?
T : Elle est enceinte de son 2e avec David.
J : T'es pas sérieuse ?
T : Euh... oui... Tu savais pas ?
J : Non, j'ai pas eu la chance de savoir.
T : Elle... Elle a dut oublié, c'est rien.
J : Non, c'est pas rien... Au contraire. Elle m'a rien dit.
T : C'est pas grave Jean-François.
J : Oui ça l'est ! Je suis son meilleur ami, son ex en plus, et ça lui traverse même pas l'esprit de me dire qu'elle est enceinte de David ! On a jamais eu de secret l'un pour l'autre !

Jeff était réellement offusqué. Rageusement, il laissa tomber son couteau et se dirigea vers la sortie. Charles, qui descendait l'escalier, l'apostropha.

C : Hey, tu vas où ?
J : J'ai soudainement plus faim. Merci quand même.
T : Jeff, pars pas comme ça.
J : Désolé Thalie.

Et il est sortit en claquant la porte, réveillant mon petit trésor qui se mit à hurler. Charles est retourné voir Thomas et moi, je me suis précipitée sur le téléphone. J'ai composé en urgence le numéro de téléphone de Kiya.

K : Salut Thalie !
T : Tu lui as pas dit !
K : Hein ?
T : T'as passé 2 jours avec Jeff mais tu lui as pas dit que t'étais enceinte !
K : Wo, comment tu sais ça toi ?
T : Il était chez moi il y a 30 secondes, il disait avoir passé du temps avec toi, j'ai cru que tu lui avais parlé. Là, il est fru parce que tu lui as rien dit.
K : MERDE ! Je m'occupe de tout Thalie. Prends soin de Thomas !

Et elle a raccroché. Je suis sensée faire quoi moi ?

DANS LA TÊTE DE KIYA

J'ai raccroché et j'ai immédiatement appelé sur le cellulaire de Jeff. Comme je me doutais bien qu'il ne répondrait pas en voyant mon nom sur son afficheur, j'ai laissé un message sur sa boîte vocale.

K : Jeff, c'est Kiya. Je te jure que je voulais te le dire. Je voulais pas te blesser. Je cherchais les bons mots. Je suis tellement désolée. C'est un accident tout ça. Dis-moi que tu me pardonnes. S'il te plait. Je t'aime Jeff, oublies pas ça. T'es mon meilleur ami forever.

J'ai ensuite laissé Lee-Ann chez Ben et Martin et je suis partie en courant vers le seul endroit où je croyais pouvoir le trouver. Le petit étang dans le parc derrière sa maison d'enfance. Sur la petite balançoire qu'on aimait tant, j'ai trouvé une enveloppe à mon nom. Avec l'écriture de Jeff. Je l'ai ouverte rapidement et j'ai déplié le papier qui s'y trouvait.

Salut. Je savais que Thalie allait t'appeler. Je savais que tu viendrais ici. Faut croire qu'après autant de temps, je commence à te connaître. Oui, je suis venu ici. Mais je voulais pas te voir. Pas pour l'instant. Ça fait trop mal. Tu m'as menti. Tu m'as trahi. Je croyais qu'on se disait tout. Je suis désolé, mais j'ai besoin de prendre mes distances avec toi. Avec pas mal tout en fait. Je pars pour quelque temps. Combien de temps, aucune idée. Essaie pas de m'appeler. Mon cellulaire est dans l'étang. Dis aux gars que je les aime... Et à David... ben dis-lui qu'il a gagné.
Je t'aime. Jeff


Mes larmes roulaient sur mes joues. Il pouvait pas être partit. Il pouvait pas me faire ça. Pas quand j'avais autant besoin de lui. J'ai serré la lettre contre mon c½ur et j'ai pleuré sur cette petite balançoire pendant une heure entière.

Je me suis ensuite rendue chez Seb. J'avais besoin qu'il me console. Quand il m'a ouvert, il m'a immédiatement prise dans ses bras et j'ai recommencé à pleurer. Il m'a fait entré et m'a assise sur le sofa. Je pouvais plus m'arrêter de pleurer. Jamie m'a apporté un verre d'eau que j'ai bu d'un trait.

S : Qu'est-ce qui se passe Kay ?
K : Jeff, il... il est partit.
S : Il est partit où ?
K : Je sais pas ! Il a su que j'attendais un bébé de David et là, pouf !
Ja : T'es enceinte aussi !?

J'ai fait un signe affirmatif de la tête en essuyant mes larmes.

Ja : C'est tellement l'fun ! On va pouvoir regarder nos bédaines pousser en même temps !
S : Jamie, j'pense pas que ce soit le temps. T'es vraiment enceinte ?
K : Oui... pourquoi ça m'arrive à moi tout ça ? J'peux pas vivre normalement comme tout le monde !
S : T'es une sirène, c'est tout.
K : Non, j'suis un crapaud.
S : Dis pas ça.
K : J'ai tout gâché. Jeff voudra plus jamais me parler. Ma vie est foutue!
S : Come down. Jeff est pas comme ça. Il doit pas être partit bien loin. J'vais appeler David. Il doit savoir où il est.

Je suis restée au salon avec Jamie qui me frottait le dos. Quand Seb est revenu, il avait un sal regard.

K : Quoi ?
S : David l'a pas vu, Chuck, Pierre et Pat non plus.
K : Son cellulaire est dans l'étang, on peut pas savoir où il est.
S : Pas de panique. Toi, tu retournes chez vous, tu te fais couler un bon bain et tu dors. Moi, je m'occupe du reste.
K : Je vais m'occuper de Lee-Ann, elle est jamais restée super longtemps chez Ben et Martin.
S : Peu importe, tant que tu relaxes. Nous, on s'arrange. Ok ?

J'ai acquiescé. Je suis retournée chez moi en essayant de sécher mes larmes avant d'arriver chez Ben.

DANS LA TÊTE DE PIERRE

Rencontre au sommet ! Rencontre d'urgence pour trouver Jeff. Tout le monde s'est réuni chez moi. On est là, tous les 5, comme des cons, à chercher où est Jeff. Pas moyen de le rejoindre. On est allé chez lui. La porte était déverrouillée. Tout ce qu'on a trouvé c'est un petit mot disant qu'il partait pour quelques temps. Qu'il avait besoin de réfléchir. Qu'il fallait pas essayer de le trouver. Il pouvait être n'importe où. Et là, nous tout ce qu'on trouve à faire, c'est paniquer.

P : Y peut pas s'être pousser comme ça ! Pas Jeff, c'est pas son genre. David, j'dis pas, mais pas Jeff.
D : Merci.
P : Tu comprends ce que je veux dire.
D : Je sais. J'aurais dût lui dire.
Pat : T'as vraiment remis Kiya enceinte ?
D : Ça ben l'air que oui.
S : J'imagine même pas comment Jeff se sent.
D : C'est un accident. C'était pas du tout prévu. On a décidé de le garder et lui, y se pousse parce qu'il est fru !
C : Essaie de le comprendre. Elle s'est fait avorté quand elle est tombée enceinte de lui.
D : Ouais ben c'est lui qui lui a demandé alors qu'il assume.
P : On repart en show dans 2 jours. On fait quoi ?
S : On pourrait appeler un autre guitariste.
Pat : Y'a Ben qui est en congé. Ou Josh.
C : Fine, on a des remplaçants. Mais sinon, on fait quoi pour Jeff ?
D : On peut pas faire grand chose. Il va revenir de lui-même quand il sera prêt. Pour l'instant, moi, je me concentre sur ma carrière et ma famille. On a des shows à faire, on va les faire. Ensuite, je m'occupe de Cutie, de Lee-Ann et de bébé #2.
P : Moi j'ai un mariage à rebâtir.
Pat : Bonne chance, Émy t'en veut à fond.
P : J'ai pas dit rebâtir pour rien non plus.
C : Moi j'ai Thomas à m'occuper aussi.
S : J'ai bébé #3 moi.
C : Alors on se met d'accord sur quelque chose. On fait nos shows, on finit la tournée européenne, on fait quelques shows en Australie, d'autres aus Etats-Unis et ensuite, on prend un break.
Pat : J'ai l'impression qu'on vient juste d'en faire un break.
D : On a pas dit combien de temps le break. Anyway, pour moi, ma famille passe avant tout. Je veux être présent pour cette grossesse-là. J'ai déjà râté celle de Lee-Ann.
P : Bon, ben reste plus qu'à espérer qu'il n'arrive rien à Jeff.
C : Thalie panique totalement. C'est son meilleur ami qui s'est poussé.
S : Kiya pleure comme c'est pas possible aussi.
Pat : C'est tous notre ami. On a plus qu'à prier pour que tout ailles bien pour lui...

On est tous resté silencieux. J'espère vraiment que Jeff va revenir bientôt. J'ai besoin de mon Jeff pour survivre. J'ai besoin de mon band pour survivre. Les shows vont être mauvais sans lui. Mais je veux qu'il soit bien. S'il a besoin de se pousser pour être mieux, alors qu'il le fasse.

DANS LA TÊTE DE KIYA

Couchée dans mon lit, Lee-Ann à mes côtés, je ne peux pas m'arrêter de pleurer. Ma puce essuie mes joues de ses petites mains.

LA : Pourquoi pleures ?
K : Parce que Jeff il est partit.
LA : Eff où ?
K : Je sais pas ma grenouille. C'est pour ça que maman pleure.

Lee-Ann a passé ses bras autour de mon cou et elle m'a donné un bisou sur la joue. Je l'ai serré contre moi. Elle était toujours là. Et mon bébé aussi l'était toujours. J'avais blessé Jeff à cause du bébé. Normalement, j'aurais eu envie de ne plus l'avoir, de le perdre pour retrouver Jeff. Mais je savais que ce n'était pas la bonne chose à faire. Je le voulais cet enfant, peu importe ce que Jeff en disait. J'étais prête à avoir mon petit bébé. Lee-Ann descendit son visage sur mon ventre et l'embrassa. J'ai passé ma main dans ses cheveux.

K : Tu sais quoi ma puce ? Jeff, il va être content quand il va revenir.
LA : Pourquoi ?
K : Parce que je vais avoir eu un petit bébé tout beau et très mignon. Et on va s'arranger toi et moi pour que bébé soit le plus heureux du monde. T'es d'accord ?
LA : OUI !

J'ai séché mes larmes, j'ai pris ma puce dans mes bras et on s'est préparé pour aller faire une surprise à ma mère, lui apprendre qu'elle allait de nouveau être grand-mère. Lee-Ann était heureuse de savoir qu'elle pourrait enfin crier sur tous les toits qu'elle serait bientôt grande s½ur. Et moi, je venais de décider que j'allais redevenir la Kiya forte que j'avais été des années auparavant. Jeff n'allait pas me dicter ma façon d'agir avec ses caprices. J'allais vivre ma vie comme je l'entendais, élevant mes enfants avec David tout près. Et ça commençait maintenant.

K : Dis Lee-Ann, ça te dirait qu'on aille t'acheter des souliers comme maman avant d'aller voir grand-maman ?
LA : Des verse ?
K : Oui, des converses, comme les miens. Et tu pourras choisir la couleur. Ça te plait ?
LA : OUI !!! les veux vert !
K : Très bon choix ma puce !

On est alors sortit, moi avec une nouvelle confiance en moi, et Lee-Ann, avec le sourire aux lèvres d'avoir une paire de souliers comme sa maman et une petite s½ur ou un petit frère en route.
Épisode 169 : Des décisions qui changent une vie

# Posté le dimanche 23 novembre 2008 15:17

Épisode 170: Et si le destin était tout tracé d'avance?

DANS LA TÊTE DE KIYA

Voilà 2 mois que Jeff est partit. Je suis enceinte de 4 mois et je commence à avoir un petit ventre que David adore toucher. Il est réellement gaga. Dès qu'il le peut, il se penche sur mon ventre et parle avec le bébé. Dans quelques heures, nous allons chez le médecin pour une échographie et on espère réellement savoir le sexe du bébé. David prit pour que ce soit un garçon et Lee-Ann jure qu'elle aura une petite s½ur. C'est rigolo à tout bout de champs, le ton monte et ils s'engueulent pour ça. Lee-Ann hurle «fille» et David chante «garçon». Un vrai bébé celui-là ! Ma grossesse va bien, David prend réellement trop soin de moi, il surveille ce que je mange, ce que je fais, il lit trop de livres sur la grossesse et il commence parfois à me tomber sur les nerfs. Mais je sais qu'il veut bien faire et comme il a arrêté de me faire des avances, j'endure avec le sourire. Hier, il est arrivé avec un journal en courant partout dans mon appartement. Parce que oui, il passe le plus clair de son temps chez moi. Donc, il est arrivé avec la section immobilière. Il m'a montré un magnifique duplex pas très loin d'ici. Une superbe maison antique sur laquelle il avait déjà versé un acompte. Même si j'étais vraiment fâchée contre lui, je lui ai promis d'aller visiter la maison aujourd'hui après l'échographie. David a un talent pour t'organiser une vie des fois...

Ce que devient Jeff, je n'en sais rien. Il est partit et n'a pas donné signe de vie depuis. J'ai croisé sa mère mais elle ne veut rien dire. Donc j'en déduis qu'il est toujours vivant mais qu'il ne veut plus me parler, ce qui pourrait être compréhensible. Et personne ne parle de Jeff ici. J'ai décidé que je ne pleurerais plus pour lui puisqu'il refusait d'accepter mon bonheur d'être enceinte de David, même si je n'étais plus avec David. Et Lee-Ann ne le nommait même plus, comme si elle avait oublié son existence. Mais je soupçonnais David d'en parler avec elle quelques fois. De toute façon, je n'avais aucun contrôle sur ce qui se passait entre le père et sa fille.

Lee-Ann était très excitée. Elle avait très vite compris qu'aujourd'hui se terminait les chicanes avec son père au sujet du bébé. Et elle était très prête. Elle avait ressortit un joli ourson rose qu'elle avait lorsqu'elle était bébé et avait décidé de l'amener à l'écho pour encourager le bébé à être une petite fille. David lui mettait ses souliers converse vert qu'elle chérissait quand le téléphone a sonné. J'ai couru répondre pendant que David me hurlait de pas courir parce que j'étais enceinte. J'ai donc répondu avec un sourire dans la voix.

K : Oui allo ?
É : Salut madame enceinte !
K : Bonjour madame occupée ! Je t'ai appelé 5 fois cette semaine, je commence à être intime avec ton répondeur !
É : Roh Kimo ! Sois pas choquée! J'suis débordée avec ma nouvelle ligne de vêtements!
K : Ouais j'ai cru comprendre ça. Ça avance ?
É : J'ai toutes mes mamans et tous leurs enfants comme modèle... Non pas vrai, il m'en manque une...
K : Pourquoi j'aime pas le ton téteux de ta voix ?
É : S'il te plait ! J'ai besoin d'une seule maman avec une enfant!
K : Émy, je suis enceinte au cas où t'aurais oublié.
É : Justement. La maman qui m'a lâché était enceinte aussi. J'ai besoin de toi ! Mon défilé est dans une semaine! Et Lee-Ann serait parfaite avec la jolie petite robe bleue !
K : J'ai un rendez-vous urgent là... j'en parle avec la grenouille et je te rappelle ce soir, ok ?
É : D'accord ! À ce soir.
K : Bye!

J'ai raccroché et je me suis dépêchée à aller à la voiture pour ne pas être en retard à mon rendez-vous. J'avais à peine mis le pied dans la voiture que Lee-Ann hurlait un «fille» suraigü qui manqua de me déchirer les tympans.

K : Lee-Ann Bérubé-Desrosiers, t'arrêtes de crier immédiatement.
LA : Papa dit garçon ! J'en veux pas moi !
K : On le sait pas encore. C'est ce qu'on va savoir alors les deux bébés, on arrête de vouloir rendre maman sourde, ok ?
D : C'est moi qui a raison !
K : David !
D : Si on peut même plus s'amuser !
K : On peut s'amuser sans hurler.

J'ai levé le son du radio et c'était une de mes chansons qui jouait. Lee-Ann l'a reconnu immédiatement et s'est mise à babiller des simili-paroles en dansant dans son siège. David rigolait et chantait avec elle. Moi, impossible de garder mon sérieux, je riais aux éclats de les voir tous les deux aussi drôles.

DANS LA TÊTE DE JEFF

Marcher dans les rues avec tous ses inconnus qui se foutent littéralement de savoir qui tu es, c'est mon nouveau passe-temps. Croiser ces visages si différents, ces gens avec des histoires différentes de la mienne, ces personnes dont les émotions transparaissent dans leurs yeux, tout ce que je ne suis pas nécessairement habitué de remarquer. La vie loin de Montréal m'est agréable. Je réussis presque à ne plus penser à Kiya et à Lee-Ann. Parfois, par contre, elles me manquent à un point tel que j'en rêve la nuit. Au moins, ce n'est plus des cauchemars. Ce n'est que des souvenirs qui se jouent en boucle la nuit. Mes nuits sont courtes, mais au moins, durant le jour, mes pensées vaguent ailleurs que vers elles. Je passe mes journées à marcher dans les rues bondées. Je ne parle avec personne, je ne fais qu'observer et écouter. Le bruit sourd des gens qui parlent autour, des voitures qui passent à une vitesse foudroyante dans la rue, des pas dans la rue, des klaxons, des oiseaux, des chiens... Cette cacophonie m'est apaisante. Elle m'empêche de songer à mon passé, elle m'oblige à me concentrer sur ce qui m'entoure. J'ai visité Londres, New York, Tokyo, Hong Kong... Je ne suis resté qu'une semaine à chaque endroit. Chaque ville avait un détail qui me rappelait Kiya. À Londres, impossible de ne pas entendre une de ses chansons, à New York, les journaux à potins continuaient de montrer des photos de Ben et de son copain en vacances à Ibiza, ils étaient le nouveau couple gay de l'heure, à Tokyo, j'ai croisé un vendeur de rue qui voulait me faire acheter l'album copié de PunkSecret, et à Hong Kong, j'ai vu un mur rempli d'oursons identique à celui de Lee-Ann. Tout finissait par me rappeler mes années avec elles. Je croyais qu'en étant loin de Montréal, en évitant de les contacter et d'en parler, mes souvenirs finiraient par s'effriter et éventuellement, à s'effacer. Mais il semblait impossible de les faire disparaître. Même après quatre mois d'exil, son image était encore très nette dans ma mémoire.

Observer m'avait permis de comprendre que me sauver n'avait servi à rien. Les visages m'avaient appris que la douleur devait être vécue et que le deuil devait être fait et que partir ne m'avait pas aidé. Mais j'étais encore ici, à Vancouver, les mains dans les poches, le capuchon enfoncé sur la tête, essayant de me rendre au petit bistro que j'aimais tant tout en évitant les flaques d'eau. Il pleut souvent ici. J'ai appris à vivre sous la pluie, au même titre que j'avais appris à vivre avec la neige au Québec. J'ai vu l'affiche du bistro et j'ai marché plus rapidement. Je ne regardais plus les visages, la pluie s'était alourdie et je me concentrais maintenant sur les trottoirs plus qu'autre chose. Alors que j'allais atteindre la porte, ma tête s'est cognée contre une autre tête, j'ai fermé les yeux à la surprise de la douleur. J'ai ensuite entendu un plouf, quelque chose venait de tomber dans une flaque. J'ai mis ma main sur ma tête et j'ai rapidement jeté mon regard sur ce corps qui se frottait la tête, les fesses à l'eau. Je me suis avancé vers elle et je me suis penché sur elle.

J : Are you ok ?
F : Ouais ouais, j'vais bien. I'm fine.
J : Tu veux que je t'aide à te relever ?

Elle a semblé surprise que je parle français. Elle a levé ses yeux vers moi. Elle avait des yeux rieurs, de beaux yeux bruns clair qui tiraient sur le vert. Je tendu ma main qu'elle a prise avec un sourire gêné. Une fois debout, elle a mis sa main à son derrière, touchant le tissu épais de son manteau désormais humide.

F : Ouais ben j'vais essayer de regarder où je vais maintenant. J'préfère mon cul sec et pas trempe comme ça !
J : C'est certain que tomber dans une flaque c'est pas pratique.
F : Je m'appelle Mélanie.
J : Jean-François.

Elle m'a serré la main en souriant. Elle a ensuite ôté une mèche de sa frange de son visage. Je me sentais un peu mal à l'aise. On avait rien à se dire, je ne la connaissais pas et elle ne semblait pas avoir de lien avec moi, on semblait à première vue différents. Un coup de vent fil voler mon capuchon et mis ma tête à l'air libre. J'avais négligé mon apparence dernièrement, si bien que j'avais une barbe de quelques jours et des cheveux de quelques semaines. Je ne ressemblais plus à ce que j'étais mais j'étais bien ainsi. Ça me permettait de me fondre à la foule. Un rictus naquit sur son visage. Elle pencha sa tête vers la droite en m'observant.

M : Tu devrais réellement raser tes cheveux et ta barbe. J'suis certaine que tu serais encore plus canon chauve!
J : Parce que je suis canon ?
M : Quoi, y'a personne qui te l'a jamais dit ? Tu connais pas beaucoup de monde alors!
J : J'suis une personne assez ordinaire. Je connais quelques personnes.
M : Moi aussi j'suis ordinaire. Mais j'aime trop les gens pour n'en connaître que quelques uns.
J : T'en mieux pour toi.
M : Viens chez moi ce soir. Je fais une petite fête, je te présenterai plein de gens. Et t'as intérêt à être rasé.
J : Tu me reconnaîtras pas sans ma barbe.
M : Ne craint pas, je n'oublierai jamais ton visage. J'ai une bonne mémoire. Avec ou sans barbe.
J : Je sais pas si j'vais y aller. Moi et l'anglais...

Je préfèrais mentir pour m'éviter d'être entouré de trop de gens qui voudrait s'amuser. Je n'avais pas envie de me joindre à une fête.

M : Tu m'as parlé en anglais tout à l'heure et si t'avais pas répondu en français, j'aurais jamais deviné. T'as pas d'accent. Come on! Tu dois être un mec qui aime s'enfermer et rien faire. Et moi j'suis du genre à prendre un mec comme toi et l'initier aux partys. Alors voici mon adresse, t'arrives vers 21h00 et t'as plus de poils dans le visage. Compris ?

Elle me tendit une vieille facture de dépanneur où était inscrit son adresse au verso. J'ai pris le papier et je l'ai regardé un instant avant de plonger mon regard dans le sien.

J : Je crois pas que je vais...
M : C'est pas ce que je veux entendre.
J : J'ai pas ...
M : Est-ce que j'ai entendu oui ?
J : Non t'as pas entendu oui.
M : Chouette t'as dit oui ! On se voit tout à l'heure !

Elle m'a salué et est partit en marchant rapidement. Je me suis retourné et je l'ai regardé s'éloigner. Elle sait ce qu'elle veut cette fille-là ! Elle n'a pas la langue dans la poche non plus. Je me suis mis à rire et je suis entré au bistro et j'ai pris mon habituel café latté en pensant à mon passé de vedette.

DANS LA TÊTE DE DAVID

Lee-Ann est sur mes genoux et elle fixe le petit écran noir et blanc en serrant son petit ourson rose. Je le fixe également mais je ne trouve rien qui m'intéresse. Comment un docteur peut-il lire quelque chose sur ces images tellement pas claires ? Cutie était étendue sur le lit, le gilet remonté et de la gelée verte sur le ventre. Le docteur passait sa petite machine sur le ventre de Kiya. Elle se mordillait la lèvre inférieure, cherchant elle aussi une réponse sur ce petit écran sans couleur. Le docteur nous montra la tête du bébé, ses mains, ses pieds... Kiya était tout sourire. Puis, elle a pointé le moniteur.

Doc : Alors voilà. Vous voyez ici ?
LA : Maman, voit rien moi!
Doc : C'est normal petite, tu vas avoir une petite s½ur.
LA : YEAH !!!!! MAMAN J'VAIS AVOIR UNE S¼UR !!!

Kiya se mit à rigoler de voir Lee-Ann sauter et hurler ainsi. Moi j'étais aux anges. Une autre fille ! Qui aurait cru que David Desrosiers aurait deux filles un jour! Ma grenouille qui sautillait sur moi ne cessait de me rappeler le bonheur qui s'était diffusé dans mes veines à l'annonce du sexe de mon futur bébé. J'ai serré Lee-Ann dans mes bras si fort qu'elle allait manquer d'air. Quand j'ai relâché mon étreinte, elle a posé sa petite main sur ma joue.

LA : Papa, j'avais raison. Fille.
D : T'as raison grenouille ! T'es la meilleure. On va aller manger au resto pour ça !

Elle était heureuse, Kiya débordait de joie et moi, j'étais aux oiseaux. On était à l'instant, une famille unie et heureuse. Le docteur nous salua et nous sommes sortis manger. Kiya restait silencieuse mais son sourire trahissait sa joie. Lee-Ann, elle, ne pouvait s'empêcher de babiller de joie. Au restaurant, Kiya dut même supplier notre fille de s'arrêter de parler. Mais une fois ses croquettes devant elle, elle était devenue silencieuse et mangeait avec appétit. Ça nous donnait le temps de discuter ensemble un peu.

D : Alors, contente d'avoir une autre grenouille ?
K : Va falloir lui trouver un autre surnom par contre. Après ouaouaron, grenouille... T'as d'autre idée de surnoms d'amphibiens toi ?
D : Je chercherai sur Google.
K : Alors on va aggrandir la famille Bérubé-Desrosiers avec une autre fille.
D : J'ai toujours trouvé que Bérubé-Desrosiers c'était trop long. On peut pas juste garder Desrosiers ?
K : Et moi, j'suis quoi là-dedans ?
D : Roh, t'es la mère des filles. Mais qu'est-ce que t'en penses sérieusement ?
K : Je sais que c'est long... On peut les laisser avec ce nom-là et l'écrire B. Desrosiers ? J'aime ça que mon nom de famille soit dans les leur... Mon père a pas de fils pour continuer le nom. Donc...
D : Ok, ok ! Et comment on va l'appeler?
K : On a encore 5 mois pour y penser. Mais je pensais que comme j'ai choisi le nom de Lee-Ann, tu pourrais trouver l'autre.
D : Tu sais que t'as de bonnes idées toi?!
K : Je suis le cerveau de la famille !
D : La péteuse de broue tu veux dire !

On a rigolé un peu. Le reste de la discussion est restée très dynamique et joyeuse. Après, on s'est dirigé vers le duplex que j'avais trouvé. Je savais qu'elle aimerait mais j'avais besoin de sa confirmation pour continuer à effectuer les paiements. Lorsque j'ai arrêté la voiture devant la bâtisse, Kiya semblait perplexe. D'accord, le duplex a besoin d'un peu de rénovations pour l'extérieur. Mais il est quand même bien! C'est une grande maison en brique rouge. Il y a un large balcon à l'avant qui fait la façade en entier. Il est peint en blanc et quelque peu défraichi. Par contre, les grandes fenêtres qui laissent entrer un max de lumière donnent énormément de chaleur et de charisme à l'endroit. Chaque appartement était sur 2 étages. Au rez-de-chaussée, on trouvait une grande cuisine, une salle à diner ainsi qu'un salon plus grand que nécessaire. Il y avait aussi une pièce qu'on pouvait utiliser comme bureau. À l'étage, il y avait 3 chambres ainsi qu'une salle de jeux. Le tout avec énormément de fenêtres et de lumière, le paradis terrestre quoi !

K : T'as vraiment effectué un paiement là-dessus David ?
D : Je te promets que c'est très grand et très beau à l'intérieur.

Elle est sortie de la voiture avec un petit air de dégoût. Je savais d'avance qu'elle aurait fait cette face. Elle avait toujours rêvé d'avoir une grande maison style coloniale, une maison de campagne en ville, avec un grand terrain, un lac, des chiens et tout le tralala. Mais c'était au moins un début. Si je voulais réussir à la regagner, je devais être vendeur !

En entrant dans la maison, j'ai compris, au simple changement d'énergie qu'elle dégageait, qu'elle était tombée elle aussi amoureuse de l'endroit. Lorsque j'ai regardé son visage, ses yeux étaient grands ouverts, observant la clarté de l'endroit, et l'aire ouverte que créait le salon, la cuisine et la salle à manger. Lee-Ann couru dans le salon et Kiya la laissa faire.

D : Alors ?
K : T'es certain que c'est un duplex ? Juste cette moitié-ci de la maison est énorme !
D : L'autre moitié est identique. On aurait chacun notre endroit. Et Lee-Ann aurait sa chambre, le bébé aurait la sienne aussi.
K : Et ça nous revient à combien chacun ?
D : Ça, c'est mon problème.
K : Pas question que tu nous offres ça. Combien ?
D : Pas question que tu débourses un seul sous pour l'achat de ce duplex-là.

Son visage changea immédiatement. Je l'avais offusqué, mais je voulais lui offrir cela. Elle avait souffert de devoir montrer Lee-Ann au monde entier, elle avait souffert d'apprendre qu'elle était enceinte alors que Nikki mourrait, je me devais de lui offrir un cadeau digne de la réconforter.

D : Ne fais pas ces yeux-là, tu ne gagneras pas. Contente-toi donc d'aménager ta moitié à partir de maintenant.

Elle me fit un énorme sourire avant de me sauter dans les bras.

K : Merci.
D : Ça me fait plaisir tu peux pas savoir.

Je l'ai entraîné à l'étage où je lui ai expliqué mes plans d'aménagement. J'avais l'intention de défoncer le mur entre ma partie et la sienne au niveau des chambres des enfants. Comme ça, chaque chambre serait plus grande et communiquerait de chaque côté. J'avais tellement d'idée pour ce duplex que j'avais de la difficulté à toutes les exprimer. Mais Kiya semblait être du même avis puisqu'elle riait et renchérissait sur mes idées. On s'est assis tous les trois au milieu de la chambre qui serait celle de Lee-Ann et on a fait des plans en riant.

DANS LA TÊTE DE JEFF

J'étais dans une chambre que j'avais loué à la journée à Vancouver. J'essayais de regarder la télévision. J'écoutais MTV mais chaque clip me rappelait les tournées, Simple Plan, PunkSecret... Le soir, je replongeais dans mes souvenirs. Mais ce soir, je trouvais ça pesant. Ça me faisait encore plus mal que d'habitude. Ça aurait fait 2 ans aujourd'hui que j'étais avec Kiya. Juste d'y penser, ma poitrine se serrait, mes poumons arrêtaient de pomper l'air et mon c½ur semblait vouloir arrêter. J'en avais marre de cette douleur. Mal de toujours songer qu'elle avait fait sa famille avec David plutôt qu'avec moi. Je souffrais le martyr simplement à penser qu'il avait plus de chances que moi alors je lui avais toujours donné le feu vert sur cette relation qu'il entretenait avec elle. J'ai décidé de faire du lavage pour oublier la douleur, pour permettre à mon cerveau de penser à autre chose. J'ai vidé les poches de mon pantalon avant de le jeter dans la laveuse. La petite facture de dépanneur attira mon attention. Et d'un coup, j'ai décidé que je devais y aller. Me morfondre chez moi ne donnait rien, les 4 derniers mois ne m'avaient permis que de souffrir d'avantage à chaque respiration. J'ai donc abandonné mon linge sale pour aller enfiler un chandail noir et une paire de jeans propres. Je suis ensuite allé me raser. Une fois terminé, je me suis longuement regardé dans le miroir. J'avais une mine affreuse, même sans la barbe et les cheveux. J'avais l'air de souffrir. J'avais réellement besoin de me changer les idées.

J'ai marché jusqu'à l'adresse indiquée sur la facture. J'ai facilement trouvé, ce n'était pas si loin de chez moi. J'ai monté les deux étages me séparant de son appartement et j'ai figé. Je ne la connaissais pas du tout. Je l'avais fait tombé dans une flaque d'eau le matin même mais est-ce que c'était une raison suffisante pour débarquer chez cette fille ? Alors que mon cerveau m'obligeait à faire demi-tour et retourner chez nous, la porte de son appartement s'ouvrit. Elle a posé son épaule contre le cadre de la porte et a croisé les bras sur sa poitrine, un petit sourire en coin se dessinant sur ses lèvres.

M : Toi, t'allais retourner chez toi, pas vrai ?
J : En fait, je sais pas trop.
M : C'est écrit dans ta face Jean-François.
J : Tu m'as reconnu sans la barbe.
M : T'es pareil que ce matin, mais avec moins de poils.

J'ai sourit et un silence étrange s'est imposé. J'ai enfoncé les mains dans mes poches en soupirant.

J : Ta petite fête est déjà terminée ?

Il ne semblait pas y avoir de bruits dans son appartement. Elle a tourné la tête vers l'intérieur, sans jamais décoller son épaule du cadre de bois.

M : Ah ben, y'a personne.
J : J'ai cru remarquer.
M : Ils m'ont tous lâché. Isa m'a promis d'y être mais son copain a organisé un souper avec ses parents, Lance avait une chirurgie d'urgence à faire, Leah semblait avoir un rhume et je parle pas de Mathis qui a décidé de partir voir ses parents en Argentine sur un coup de tête alors qu'ils ne se parlent plus depuis 4 ans ! Et Jenny, ma s½ur, a perdu sa gardienne. Alors me voici seule dans mon appartement en ce magnifique samedi soir!
J : T'allais sortir ?
M : En fait, j'ai senti qu'il y avait quelqu'un dans le corridor.
J : Mon parfum est trop fort ?
M : Nah, je le sens même pas. J'ai juste sentit une nouvelle énergie. Je sais pas, je sens ça. Alors je suis venue voir. Une chance d'ailleurs parce que tu serais déjà partit.
J : Probablement en effet.
M : Dis... tu veux venir prendre un café avec moi ? J'ai une envie soudaine d'un bon moka avec beaucoup de crème fouettée.
J : Pourquoi pas! Tant qu'à être seul chez moi.
M : Tu vas voir, je suis de meilleure compagnie que ta plante verte.
J : Ça j'en suis certain!

Elle m'a sourit et a enfilé une veste avant de venir me rejoindre. On a marché en parlant de la température pluvieuse de Vancouver. On virait tout au ridicule. On ne prenait rien de ce qu'on disait au sérieux. On est entré au café en riant. On a commandé et je lui ai payé son café, en pur galant que je suis. On s'est installé à une table au bord de la fenêtre, où on regardait la pluie tomber. Après avoir prit une gorgée chaude de café, elle m'a regardé sérieusement. Son regard m'a perturbé un instant.

J : Quoi ? J'ai quelque chose dans la face ?
M : Non, je voulais juste t'avertir que j'allais faire ma vie avec toi.

Je me suis étouffé avec ma salive tellement j'ai été surpris. Est-ce que j'étais avec une folle ou quoi ?

J : Euh... ça va ?
M : Moi, numéro un. Je voulais juste que tu le saches.
J : Et euh... tu sais ça comment toi ?
M : Je l'ai senti quand on s'est vu ce matin. Mais comme je suis incapable de me retenir, fallait que je te le dise.

J'ai préféré garder le silence. J'ai pris une lampée de mon café latté mais je ne pouvais arrêter de la fixer en pensant à ce qu'elle m'avait dit. De son côté, elle dessinait des ronds avec son doigt sur la table. Comment peut-on sentir qu'on va finir sa vie avec quelqu'un ? Un coup de foudre ? À moins qu'elle voit l'avenir ? Ça y est j'ai trouvé une voyante folle... Le bonheur, c'est bien ma chance... Sans relever la tête, elle a ajouté :

M : Je sais pas pourquoi... Je l'ai senti c'est tout. Tu sais, comme quand quelque chose te prend aux trippes... Je te connaissais pas du tout mais quand t'as pris ma main, j'ai senti qu'on serait lié pour toujours comme on a jamais été lié à personne d'autres. Je peux pas l'expliquer. J'suis désolée, j'aurais pas dut le dire... Enfin pas comme ça...
J : Ça va Mélanie, t'en fais pas...
M : Dis pas ça alors que c'est pas vrai. Je vois bien que j'ai une grande gueule et que je devrais garder mes «instincts» pour moi si on peut dire ça comme ça.
J : Je suis pas traumatisé plus qu'il faut. C'est juste que je crois pas qu'on soit fait l'un pour l'autre.
M : J'ai pas dit que c'était un coup de foudre et que j'étais en amour par dessus la tête! J'ai juste dit qu'à moyen ou long terme on serait... enfin bon !
J : Je crois que...
M : Non va t'en pas s'il te plait ! Je sais que je t'ai fais peur... Merde moi pis ma grande gueule!
J : Tu m'as pas fait peur... J'ai juste l'impression d'être avec une fan finie qui veut m'épouser...

Et merde, je venais de parler comme une vedette. Moi qui voulait éviter de parler comme ça...

J : Enfin... j'imagine que c'est comme ça avec une fan finie...
M : Parce que t'es connu ?
J : Nah du tout.
M : Je m'excuse Jean-François. On... On peut recommencer du début. Bonjour, je m'appelle Mélanie Jacobs.

Elle m'a tendu la main au-dessus de la table. Je lui ai tendu la mienne.

J : Enchanté, je m'appelle Jean-François Stinco.
M : J'adore ton nom de famille ! C'est italien ?
J : Ouais du côté de mon père.
M : T'es déjà allé en Italie ?
J : Quelques fois.
M : Racontes-moi.

Alors j'ai commencé à parler de toutes les fois où j'avais visité l'Italie, insistant surtout sur cette première visite que j'avais faites avec mon père et mes frères. Puis, j'ai raconté tout ce que j'avais visité pendant les tournées, en évitant de parler de Simple Plan bien sûr. Et j'ai parlé comme ça pendant des heures. Mélanie m'écoutait, me posant une question par-ci, par-là, les yeux pétillants. Elle voulait en savoir plus et je voulais lui en dire toujours plus.

# Posté le lundi 12 janvier 2009 00:12

Épisode 171: Le bonheur des uns fait le malheur des autres

DANS LA TÊTE DE PIERRE

C'était le jour du défilé d'Émy. Habillé très (trop) proprement, j'étais en coulisses avec elle pour les derniers ajustements des vêtements. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon qui laissait pendre quelques mèches ici et là. La bouche pleine d'aiguilles, elle ajustait les vêtements en créant des pinces avec les aiguilles. Elle était si concentrée qu'elle n'avait pas remarqué ma présence encore. Et moi, je continuais de la regarder travailler en essayant de ne pas replonger dans mes souvenirs de ma vie avec elle. Il était déjà difficile d'être seulement amis et de passer plusieurs soirées ensemble sans qu eje ne puisse la toucher ou l'embrasser. Car c'était la seule chose dont je rêvais. Ma carrière, le 4e album de Simple Plan, le départ de Jeff... tout ça était loin dans mon esprit. Chacune de mes pensées étaient liées à Émy. Chaque fois que je la regardais, le sourire de Nikki me revenait en tête et je me disais qu'elle avait été la meilleure mère qu'elle ait pu avoir. Je voulais retrouver ma vie d'avant et je faisais tout pour la ravoir. Mais Émy avait été claire ; c'était ça, ou rien. Je la soupçonnais de discuter avec Kiya parce que tous les arguments qu'elle me donnait, David les avait déjà entendu de la voix de son ex.

Lorsque Émy se releva, je pus admirer son look. Elle portait un tailleur noir par-dessus une camisole rose fushia ainsi que la jupe noire assortie. Ses souliers talons hauts rose lui donnait un look très actuel. Elle était magnifique. Elle dégageait le bonheur et j'en étais heureux. Elle tourna la tête vers moi.

É : Oh Pierre !

Elle laissa son mannequin un instant pour venir me serrer dans ses bras. Les quelques secondes que durèrent l'étreinte me permit de sentir son doux parfum de vanille. Comment avais-je pu briser notre mariage alors qu'elle était celle que j'aimais le plus au monde ? Elle se sépara de moi et plongea son regard rieur dans le mien.

É : T'as vu Kimo et Lee-Ann ?
P : Non pas encore.
É : Tu devrais la voir ! Elle est magnifique ! Elle est si belle enceinte. David n'arrête pas de baver en la regardant. Et Lee-Ann a l'air d'une princesse dans sa robe bleue. Elle est avec la coiffeuse je crois.
P : Elle doit encore raconter au monde entier qu'elle sera la grande s½ur d'une petite fille.
É : Ça, on a pas fini de l'entendre, en effet! Mais on ne peut pas se tanner d'être avec elle. J'espère que Kimo et David auront une autre puce aussi parfaite que Lee-Ann.

J'acquiescai de la tête. À ce moment précis, j'espérais pouvoir un jour voir Émy enceinte jusqu'aux oreilles, les yeux pétillants de bonheur, le sourire aux lèvres. Je savais pertinemment que mon rêve ne deviendrait jamais réalité, mais j'aimais la simple pensée de la voir ainsi heureuse. Elle s'excusa et retourna à sa besogne. Et moi, comme je ne voulais pas avoir l'air de l'observer, j'ai décidé d'aller voir Kiya et Lee-Ann. La petite rigolait pendant que la coiffeuse lui entortillait les cheveux. Elle avait déjà les cheveux très long, tenant cela de sa mère, qui semblait toujours être en train de se les couper. Kiya était derrière elle, les mains posées sur son ventre, le sourire éclatant.

P : Bonjour les mannequins !
LA : Allo Boubou !
K : Bonjour Pierre. Ça va ?
P : Comme toujours. T'es superbe Kiya. Wow !

Elle portait une superbe robe turquoise qui lui arrivait au dessus du genou, avec des broderies noires au bas. Très ajustée au torse, la robe devenait plus large au milieu du ventre, laissant afficher le ventre de la future mère. Elle portait de magnifique talons plats noirs, style ballerine, ornés d'ombrages noirs très subtils. Il n'y avait décidément qu'Émy pour créer pareille robe et que Kiya pour la porter. Ses cheveux étaient détachés et légèrement ondulés, lui donnant l'allure d'une princesse grecque.

K : Merci beaucoup Pierre. Ça fait changement que toi tu le dises. David ne se peut plus de le répéter sans cesse!
P : Comment va ta grossesse ?
K : Très bien. Une autre petite fille en chemin, ça va faire des flemmèches quand ça va être plus vieux. Lee-Ann ne se laisse pas avoir facilement.
P : Imagine Jamie avec les jumeaux et le petit monstre qui s'en vient!
K : C'est sûr. J'ai découvert que je devrais accoucher quelques jours après Jamie. On va avoir une team de la mort avec ces deux-là !
P : Promets-moi que je ne les garderai pas les deux ensemble !
K : Promis!

Kiya rigola et je vis David arriver, tenant dans ses mains deux bouteilles d'eau pour ses deux femmes préférées. Lee-Ann se jeta dans ses bras dès qu'elle fut remise en liberté par la coiffeuse. Immédiatement, je me sentis de trop et je retournai dans la salle pour attendre le défilé. Jamie y était déjà, terminant de placer les tables, aidée de Seb. Les jumeaux couraient un peu plus loin, sous l'½il vigilent de leur père.

S : Charlie Kayla Lefèbvre, ne déplace pas les chaises pour faire un fort. Merci.
P : Salut vous deux.
Ja : Bonjour Pierre. Pas trop stressé pour Émy ?
P : Nah, elle va s'en sortir comme une grande. Elle a du talent.
Ja : Imagine le temps qu'elle a prit pour faire tout ça. J'en reviens pas. Dire que j'ai été mannequin dans une autre vie !
S : T'es toujours la plus belle.
Ja : Téteux. Alors, pas de nouvelles de Jeff encore ?
P : Je crois pas qu'on va en avoir avant un moment.

Jamie soupira et continua de placer les chaises. Thalie entra en chantonnant, portant Thomas dans ses bras. Le petit hurlait de plaisir. Il venait de commencer à marcher et à parler. Charles les suivait de près, portant couches et autres nécessités de père. Jamie se précipita vers Thomas pour le prendre.

Ja : Que t'as grandi toi !
T : Ouais il grandit et devient de plus en plus tannant comme son père. Une vraie peste.
P : Pareil.
C : Et devine ce qu'il a fait ce matin !??
S : Un beau caca dans ton lit !
C : Ben mieux ! Il a joué de la batterie!
T : De la batterie de cuisine oui ! Il jouait dans les chaudrons et Charles a eu la brillante idée de lui donner des cuillères en bois. Vous auriez dut entendre le vacarme !
Ja : T'inquiètes, les miens aussi on fait de la musique comme ça. Le pire, c'est qu'ils rient dans ce temps-là !

Ils se racontèrent leur histoires d'enfants, les bons et les mauvais coups. Et moi, je restais à l'écart, écoutant ce que je ne vivrai plus jamais.

DANS LA TÊTE DE KIYA

Lee-Ann adorait parader. Elle avait l'air d'une princesse. Je l'ai laissé marché devant moi sur la passerelle. Je trouvais rigolo de n'avoir pas toute l'attention dirigée vers moi. Lee-Ann attirait l'attention pour deux. J'étais si fière de ma puce qui allait avoir 4 ans bien vite. Je voyais Jamie paniquer à l'idée d'envoyer les jumeaux à la maternelle et je me disais que mon tour viendrait bien vite. Émy n'a eu que des éloges pour sa collection. Et j'ai pu garder la robe turquoise qui me faisait si bien apparamment. J'étais en train de changer ma puce, sachant très bien qu'elle allait courir avec les jumeaux et je tenais à ce que sa robe reste propre. Pendant que je la changeais, elle me dit quelque chose qui me sonna.

LA : Maman, Jeff y m'a vu tu crois ?

Pourquoi me demandait-elle ça? Jeff ne savait rien de ce défilé, du moins, pas à ma connaissance.

K : Je crois pas ma grenouille. Pourquoi tu demandes ça ?
LA : Je voulais qu'il voit que j'étais belle.

Une boule se forma dans ma gorge. Jusqu'à maintenant, jamais Lee-Ann n'avait parlé de Jeff ainsi. Je dus prendre un moment pour remettre mes idées en place avant de lui répondre.

K : Il sait très bien que tu es magnifique Lee-Ann.
LA : Il va venir me voir bientôt, hein ?
K : Je ne peux rien te promettre ma belle. Il avait besoin de temps pour réfléchir.
LA : Il t'aime plus ?

Encore une fois, elle m'avait bouché. Comment se faisait-il que les enfants voyaient si clairs ? Il m'était impossible de lui mentir. Elle devinait tout trop rapidement.

K : C'est plutôt le contraire ma grenouille. Tonton Jeff m'aimait trop faut croire.
LA : Il sait que moi je l'aime quand même ?
K : C'est certain Lee-Ann. Jeff t'aime comme si tu étais sa fille à lui. Il va revenir un jour. Et ce jour-là, on va lui faire un gros souper ensemble, ok ?
LA : OUI ! Dans la nouvelle maison avec deux portes !
K : En plein ça!

Lee-Ann était heureuse. Sa crainte s'était évaporée et elle était maintenant prête à faire la course avec Charlie et Nolan. Elle se déroba en courant et je me relevai en installant sa robe sur son support. Je n'entendis pas David arriver derrière moi et glisser ses mains de mes hanches à mon ventre. Je sursautai.

K : My God ! Fais pu jamais ça!
D : Tu peux m'appeler God tant que tu veux !

Il posa son menton sur mon épaule et soupira. Je tournai le visage vers lui lentement.

K : Quoi ?
D : J'ai cru comprendre que Lee-Ann s'ennuyait de Jeff.
K : Jeff a été là dès sa naissance... il est resté près de deux ans avec nous, c'est compréhensible, non ?
D : Je sais... j'ai juste l'impression qu'elle perçoit plus Jeff comme un père que moi.

Je me tournai face à lui, l'air sérieuse. Il semblait réellement abattu. Et je devinai dans ses yeux qu'il ne parlait pas que de Lee-Ann.

K : Écoutes-moi bien David Desrosiers, je ne le répèterai pas deux fois. De un, tu es le père de Lee-Ann et elle le sait très bien. Jeff ne sera jamais rien d'autre que son oncle et son parrain. Et de deux, j'ai décidé d'avoir mes enfants avec toi et pas avec Jeff. Tu vas toujours avoir une place énorme dans ma vie et j'en suis réellement heureuse. Mon histoire avec Jeff, c'est du passé. Alors pas la peine de te créer une guerre contre lui, tu es le père de mes enfants et c'est tout ce qui compte.

Il posa son regard au sol, comme honteux d'avoir pu songer à tout ça. Je m'avançai vers lui et le serrai dans mes bras, enfouissant mon visage dans son cou.

K : Je veux plus que tu lui en veuilles. Il mérite pas de se faire haïr.

Il passa ses bras autour de moi, tendrement.

D : Mais il t'a fait souffrir.
K : Il doit souffrir 100 fois plus que moi. Je le sens. Il prend le temps de cicatriser ses plaies avant de revenir.

Je l'entendis renifler subtilement. Je me décollai de lui pour le regarder dans les yeux. Il soutint mon regard mais laissa une toute petite larme quitter son ½il droit. J'essuyai la larme du pouce.

D : J'ai hâte qu'il revienne.
K : Moi aussi David. Moi aussi.

Je déposai un baiser doux sur sa joue avant de le serrer dans mes bras de nouveau. Il embrassa mes cheveux et nous nous séparâmes pour aller rejoindre les autres dans la salle.

DANS LA TÊTE DE JEFF

Encore et toujours, je buvais mon éternel café latté au petit bistro du coin. Je commençais à aimer l'ambiance qui y régnait et le calme qu'il m'apportait. Au lieu d'observer les gens à l'extérieur, les gens qui vivaient le stress incessant de la vie, j'observais les gens dans le bistro, des gens pensifs qui prenaient le temps d'apprécier le moment paisible qui s'offrait à eux. Cette tranquilité m'amenait dans un état d'esprit très serein. Je recommençais à voir la vie du bon côté. Je voyais tout ses gens sourire au simple fait d'humer leur café matinal, comme si c'était le moment de pur bonheur de la journée. Et je me permettais même de rêver à ce que ma vie soit toujours comme lorsqu'on respire le doux arôme de notre boisson chaude. Je voulais une vie où chaque moment respirerait le bonheur. Maintenant, ma quête n'était plus d'oublier, mais de me créer mon propre bonheur. Je demandai un second café latté à la serveuse d'un seul signe de la main. Elle vint le déposer devant moi quelques minutes plus tard. J'approchai la tasse chaude de ma bouche lorsqu'un coup de vent s'assied devant moi.

Mel : Je savais que je te trouverais ici.
J : T'as pas un don de clair-voyance, je suis toujours ici.
Mel : Je vais devoir m'habituer à ton humour douteux si on est pour finir notre vie ensemble.

Je soupirai en souriant. Je ne la connaissais que depuis une semaine et déjà, elle était certaine que nos vies étaient à jamais liées. Et je n'avais aucune preuve pour la contredire. Je me plaisais à l'entendre le répéter ; elle semblait chaque fois si sûre d'elle qu'elle devenait littéralement une bombe de joie. Je m'étais dit que je ne l'empêcherais jamais d'être heureuse car elle le méritait. Tout le monde méritait d'être heureux.

Mel : D'accord Monsieur Sceptique, je t'en parles plus! Mais j'ai pas le choix de te parler de ce qu'on va faire ce soir.
J : Mel, tu nous as encore organisé quelque chose ? On peut pas juste être chacun chez nous tranquillement ?

Chaque soir de la semaine avait été rempli. Un souper au restaurant pour apprendre à se connaître, une nuit en boîte pour danser et boire, une soirée passée à courir sur l'île de Vancouver, une autre où on est allé assister à une soirée ouverte de poésie, il y a eu le cinéma où on a vie 3 films l'un après l'autre, la soirée jeux de société qui a été plus active de ma vie et finalement, hier soir qui s'est résumé à une séance photo chez elle. Elle m'avait demandé d'amener mes valises chez elle pour qu'elle puisse s'amuser à me créer des looks. Nous nous sommes couchés très tard, elle dans son lit et moi sur son divan, crevés. Voilà pourquoi j'anticipai la soirée.

Mel : Tu peux pas dire non à un band qui fait des covers de PunkSecret.

Mon corps se raidit, mon regard se figea et je manquai m'étouffer avec ma gorgée de café. Je posai ma tasse sur la table et prit une grande inspiration.

Mel : Ok, Mel, fais rewind sur ce que t'as dit et trouve ce que tu ne devrais plus répéter. Jeff ?

Je dus prendre un moment avant de lui répondre. Elle me ramenait PunkSecret et Kiya en pleine figure trop rapidement à mon goût. Je fermai les yeux pour tenter de repousser tout souvenir la concernant. J'aurais dût me douter que mon bonheur n'était qu'éphémère.

Mel : Je m'excuse. Même si je sais pas pourquoi, je m'excuse.
J : Ça va Mélanie, t'inquiètes. Mais je me sens mal ce soir, je vais aller me reposer chez moi.
Mel : Non ! On fait quelque chose quand même ! On peut se louer des films.
J : Mel, on a été au cinéma déjà.
Mel : Alors on se fait livrer plein de fast-food et on fait des dessins avec le gras.
J : J'ai besoin d'être seul ce soir j'crois. Tu devrais essayer toi aussi.

Son visage se renfrogna, elle plissa son nez en désaccord avec mon idée. Je souris en la voyant ainsi, les bras croisés sur sa poitrine pendant qu'elle soupirait.

Mel : J'aime pas être seule.
J : J'ai cru remarquer. Mais je vais quand même relaxer chez moi ce soir. On ira prendre un verre demain soir.

Elle décroisa les bras mais garda un regard déçu, voire même inquiet. Je m'avançai sur la table, y posant mes avant-bras pour approcher mon visage au dessus de la table et la regarder, un sourire aux lèvres.

J : Qu'est-ce que t'as ?
Mel : J'peux aller dormir chez vous ?

Sa requête me prit par surprise. Son regard devint pratiquement suppliant mais son visage resta de marbre. Je levai un sourcil, perplexe.

J : Pourquoi tu veux dormir chez moi ?
Mel : J'ai pas le droit de le dire, tu vas encore rire de moi.

Je devinai rapidement qu'elle parlait de son «habileté», comme elle le disait, à sentir l'énergie qui l'entourait. Je me calai au fond de mon siège en rigolant tout bas.

Mel : Tu vois, j'ai rien dit et tu ris déjà !
J : Disons que je ne ris pas de ça, dis-moi pourquoi.

Elle prit une grande inspiration, les yeux fermés, comme pour se convaincre de se laisser aller. Généralement, elle n'avait aucun mal à parler de l'énergie qui l'entourait, en fait, elle n'avait aucun mal à parler tout court. Elle adorait babiller mais, en cette fin d'après-midi relativement ensoleillée, elle semblait plus craintive à en discuter.

Mel : Non je le dis pas.
J : Mélanie Jacobs.... Ne me forces pas à te tirer les verres du nez.
Mel : Tu n'oserais pas faire cette face dégueu en public.
J : Oh que si !

Je contractai quelques muscles de mon visage pour faire cette face qui l'horripilait au plus haut point. Je ne pouvais savoir ce qui l'effrayait ainsi, peut-être mes yeux qui prenaient des proportions démesurés, ou encore mes dents que je mettais en évidence avec ce regard de clown tueur. Toujours est-il qu'elle capitula rapidement.

Mel : Ok !!!! Remets ton visage comme il le faut! Ça devrait être interdit d'être aussi laid que ta face!
J : Crache le morceau.

Elle soupira et se mit à jouer avec ses doigts. Pour le peu que j'avais réussi à remarquer, je savais qu'elle ne le faisait que lorsqu'elle était mal à l'aise, ce qui était relativement rare chez elle.

Mel : J'ai senti que t'allais te sentir mal toute la soirée.
J : Et pourquoi ?

Elle regarda le plancher un instant et leva finalement le regard vers moi.

Mel : Parce que j'ai parlé de PunkSecret et que ça te rappelle quelque chose de négatif. Tu vas ruminer tes souvenirs toute la soirée. Et je veux être là pour te consoler. Tu mérites pas d'être triste comme ça.

J'essayai de soutenir son regard, mais j'eus honte et je le posai au sol en soupirant. Effectivement, PunkSecret me rappelait des milliers de souvenirs. Je savais également que maintenant qu'elle avait prononcé le nom du groupe, ma soirée serait remplie de ces moments de joie et de tristesse que j'avais vécu en tournée avec eux et surtout, avec Kiya.

Mel : Je sais que je vais me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais j'ai senti ton énergie devenir négative rapidement et je me demande pourquoi. T'as le droit de vouloir tout garder pour toi, mais j'aime pas te voir tout à l'envers comme je sens que tu es.

Elle misait juste. Je sentis mon c½ur se rompre à l'idée de revivre tout ces moments en pensées. Elle prit une gorgée du thé qui patientait depuis déjà un moment sur la table. Je la regardai agir, si mal à l'aise maintenant qu'elle avait dit ce qu'elle avait senti. Et à mon tour, j'étais mal à l'aise de la voir ainsi.

J : Pourquoi tu passes tes soirées avec moi Mel ?

La question la surprit. Elle avala le liquide tiède et posa sa tasse devant elle. Elle ferma les yeux si forts que son visage se contracta en entier. Lorsqu'elle relâcha ses muscles, elle laissa tomber sa phrase en un chuchotement.

Mel : Parce que je sens que dès que je te laisserai seul, tu auras mal.

Elle n'avait pas tord. Depuis que je passais mes soirées avec elle, je ne pensais plus à Kiya ou à mon passé, alors que j'avais passé les mois précédents à y penser 24 heures sur 24. Elle voulait mon bien, mon bonheur, alors que moi, je ne me souciais pratiquement pas de son bonheur à elle. N'était-ce pas ça qu'un ami devait faire ? Posant la main sur la sienne, je lui répondis.

J : Si tu viens chez moi ce soir, je vais devoir tout de dire. Et t'es avertie, on en a pour la nuit.

Son visage s'illumina soudain et rapidement, elle posa sa main sur la mienne.

Mel : Good, je suis en congé demain. On peut prendre les 24 prochaines heures.

Son sourire ensoleilla la pièce entière et nous terminâmes notre boisson avant de nous diriger vers ma simple petite chambre.
Épisode 171: Le bonheur des uns fait le malheur des autres

# Posté le lundi 16 février 2009 23:14

Épisode 172 : Serait-ce la fin?

Je m'excuse pour le délai, février, c'est loin déjà! Mais bon, la vie m'a comme un peu barouetté à gauche et à droite alors voici une suite pour vous contenter!!!

KIYA



DANS LA TÊTE DE JEFF

Ma tête tourne. Je ne comprends toujours pas ce qui m'a poussé à être dans cet avion qui traverse le Canada en entier pour me ramener à mon point de départ. À travers le hublot, je vois les paysages défilés et je ne peux tout simplement pas en profiter. Parce que ma tête tourne, cherchant en vain une façon de m'échapper. La tête de Mélanie bougea doucement sur mon épaule. Elle dormait depuis un moment déjà. 2 mois avait passé, j'étais certain que le reste de mes jours se dérouleraient à Vancouver. Mais ma nouvelle colocataire en a voulu autrement. Pourquoi avais-je cédé si rapidement, la semaine dernière ?

Je vivais avec Mel depuis à peine un mois. Notre solitude personnelle nous amenait à toujours être ensemble. Chacun sa chambre, chacun son monde, mais dès que l'un posait le pied dans le minuscule salon, l'autre allait le rejoindre. C'était la seule pièce de l'appartement qui était faites pour socialiser. Ce matin-là, je dormais paisiblement dans mon lit, enroulé dans mon drap de coton. Mélanie se levait toujours plus tôt que moi. Chaque matin, elle se prenait une orange dans le frigo et la lançait sur le mur 2 ou 3 fois, pas trop fort, pour l'attendrir qu'elle disait. Malheureusement pour moi, lorsqu'elle jeta ses pelures d'orange, elle tomba sur le papier que j'avais froisé et jeté férocement à la poubelle la veille. Elle l'avait lu, cette lettre que ma mère m'avait transmise, pour me faire comprendre que le temps était venu de revenir. Cette lettre, signée de la main de David...

Mélanie avait vite compris. Je lui avait raconté ma vie en entier un mois plus tôt, elle savait très bien ce qui se déroulait à Montréal. Elle connaissait chaque personne que je connaissais, leurs personnalités, leurs goûts, à quoi ils ressemblaient. Elle n'avait fait aucun cas de mon statut de «vedette» et se foutait éperdument de Simple Plan. Elle connaissait PunkSecret. Elle savait donc que chaque fois que David avait écrit son nom à elle, j'avais eu un pincement au c½ur en le lisant. Elle est venue dans ma chambre, sans frapper et s'est installée au dessus de moi, assis serait plus approprié. Et elle m'a giflé si fort que ma tête a pratiquement fait un tour.

Mel : Tu peux pas lui faire ça !
J : Aïe ! De quoi tu parles !?

J'aurais dût me la fermer car elle me donna un coup de poing dans le ventre qui me coupa le souffle.

Mel : Tu peux pas rester ici à dormir après avoir lu ça !
J : Rappelle-moi de déchiqueter mon courrier avant de le jeter.

La seconde gifle me réveilla brutalement. J'ai ouvert les yeux pour bien la regarder. Elle portait une fois de plus une de mes chemises pour dormir, s'en était devenu une habitude, bien que jamais rien n'était arrivé entre nous deux.

Mel : T'es vraiment couillon !
J : J'en ai rien à faire de ce qu'il dit moi !
Mel : Arrête de mentir dans ma face! Elle va accoucher sous peu, viens pas me dire que t'en as rien à faire !
J : J'en ai rien à faire Mel !

Elle me pichenotta le front et me défia du regard.

Mel : Ça t'as rien fait de lire, et je cite : «Pour son shower de bébé, sur la liste des cadeaux qu'elle voulait, elle a écrit, en haut et en gras, JEFF.»
J : Elle me veut toujours mais pas comme je voudrais qu'elle me veuille.

Le coup de poing dans l'estomac manqua de me faire vomir tellement elle y mettait de l'énergie.

Mel : Décroche Jeff ! Cette fille, elle te connais mieux que toi-même ! Elle t'a vu grandir, elle a été la meilleure amie que t'as pu avoir, elle t'a attendu pendant 5 ans, elle t'a pardonné tes absences et par-dessus tout, elle t'a aimé du plus profond de son c½ur. Tu lui dois bien une petite visite non !?
J : Mel, n'insiste pas, je n'y vais pas !
Mel : Alors tu dois réellement te ficher qu'elle attende sagement la venue d'une petite s½ur pour Lee-Ann et qu'elle tienne à ce que tu assistes à l'accouchement !?
J : Arrête.
Mel : Tu peux pas renier Kiya toute ta vie Jeff ! Elle a beau ne plus être amoureuse de toi, elle fait partie de toi ! Et en ce moment, elle a besoin de toi et toi, tu t'entêtes à rester couché, roulé dans ton horrible drap de coton à me regarder.
J : Tu veux que je regarde quoi d'autre, t'es assis sur moi !?

Elle avait soupiré et s'était levé pour sortir une valise du garde-robe. Elle l'a ouverte et a commencé à lancer mes vêtements à l'intérieur.

J : Qu'est-ce que tu fais ?
Mel : Ta valise, ça se voit pas ?
J : J'y vais pas.
Mel : T'as le droit de te faire mal en continuant de ruminer tes vieux souvenirs du bon vieux temps, mais t'as pas le droit de la faire souffrir en restant à l'autre bout du monde. Ton exil est fini et si je peux simplement te faire comprendre ça, alors j'aurai réellement apporté quelque chose à ta vie.

C'était la semaine dernière. Mélanie avait acheté les billets avec ma cartes de crédit, avait même sous-loué notre appartement, comme si elle savait que nous n'y retournerions jamais. Elle avait quitté son emploi et tout finalisé notre départ pendant que je m'entêtais à ne pas vouloir partir. Elle m'avait forcé à entrer dans l'avion et maintenant, je comptais les minutes qui me séparait de mes pires cauchemars. Je voyais le Québec se dessiner sous mes pieds et le vertige s'emparait de moi.

DANS LA TÊTE DE KIYA

Assise en indien sur la chaise berçante de la chambre du bébé, je caressais mon ventre en chantant «2gether 4ever». Après plusieurs mois, je commençais enfin à pouvoir la chanter sans pleurer toutes les larmes de mon corps. Jeff me manquait royalement. Son absence couvrait mon existance d'un épais nuage noir que j'avais jusqu'à tout dernièrement tout fait pour repousser. Mais je m'étais rendue à l'évidence ; ma vie sans Jeff perdait tout son sens. Il était une partie de moi, et je l'aimais. Pas comme lui aurait voulu que je l'aime. Je l'aimais comme un ami sans qui on ne peut vivre, comme son double cosmique qui comprend notre moindre émotion. Mon c½ur était réservé à quelqu'un d'autre, à qui, je ne le savais pas encore, mais il était clair dans mon esprit qu'il n'était pas à Jeff. Notre histoire était terminée, je l'avais aimé comme personne et je chérissais maintenant chaque moment passé en sa compagnie. Le bébé devait sentir ma tristesse car il me donna un bon coup de pied qui me sortit de mes souvenirs.

K : Ça va petite rénette, pas besoin de me faire comprendre que tu t'en viens, je le sais très bien.

J'entendis la porte s'ouvrir en bas et je regardai l'heure. Ce ne pouvait être David et Lee-Ann, ils venaient à peine de partir pour le parc. J'entendis quelqu'un monter l'escalier et Thalie montra son nez dans l'embrasure de la porte.

T : Tu me permets de briser ton moment magique avec bébé rénette ?
K : Bien sûr. Surtout que je déteste l'appeler Rénette. Tu parles d'un synonyme de grenouille !

Thalie entra, tout sourire, avec un pot de bananes séchées, ma collation préférée pour cette grossesse-ci! Elle me donna le contenant et s'assied en indien à même le sol. J'en pris quelques uns que je savourai.

T : Je peux te dire quelque chose qui va peut-être te choquer ?
K : Vas-y.

Elle joua un moment avec ses doigts. Quelque chose la rendait anxieuse. Je cherchai ce qui la rendait ainsi, mais sans rien trouver au premier abord. Puis, tout d'un coup, son visage se fit rassuré, et elle leva la tête vers moi, le regard plus sûr.

T : Si Jeff ne revenait jamais, tu pourrais survivre ?

La question me surprit tellement que je manquai m'étouffer avec mes bananes séchées. Je pris quelques secondes pour reprendre mon souffle.

K : C'est quoi cette question !? Jeff va revenir quand il va comprendre, c'est tout.
T : Je vais sûrement péter ta petite bulle de femme enceinte, mais il y a encore une possibilité que Jeff ne rentre pas au pays.

Je ne pouvais pas envisager cette option. Jeff rentrerait un jour, il m'avait promis de ne jamais m'abandonner comme il l'avait fait pendant 5 ans. Il avait promis qu'il serait toujours là pour moi. Et il tenait ses promesses.

K : Thalie-Anne Nolet, Jeff va revenir.
T : Kim Bérubé, je veux savoir à quoi m'attendre si jamais il ne revient jamais.
K : Il va revenir. Il peut pas m'abandonner. Il a promis.

Thalie soupira et sortit de la pièce sans rien ajouter. Je suis restée sur ma chaise berçante, caressant mon ventre rond, repensant à ce que Thalie lui avait dit.

K : Thalie, reviens.

De loin, Thalie répondit d'un ton sec.

T : J'aime pas quand on est pas réaliste !

J'ai soupiré et je me suis levée pour aller la rejoindre. Mais lorsque j'eus passée la porte, une douleur insoutenable me mitrailla l'abdomen. Le cri qui sortit de ma bouche glaça le sang de Thalie qui monta rapidement l'escalier. Elle me trouva à 4 pattes au sol, une main sur mon ventre, les larmes aux yeux.

K : Thalie, j'ai besoin d'aide.
T : Bella, ça va ?
K : Ça fait trop mal.
T : Tu vas accoucher ?
K : Je sais pas. Mais y'a quelque chose qui cloche. OUTCH !!!

Les ambulances arrivèrent quelques minutes plus tard. Branchée de partout, j'essayais tant bien que mal de retenir les torrents de larmes qui inondaient mon visage.

DANS LA TÊTE DE JEFF

Mélanie était décidément trop décidée à ce que je la revois. J'avais tenté par tout les moyens d'étirer le temps avant de sortir de l'aéroport. Un café, une envie pressante, quelqu'un que j'ai cru reconnaître... Elle n'était pas dupe et elle m'a trainé de force jusqu'aux bagages. Je n'osais pas parler. Je savais que ma voix se casserait dès que j'essayerais de forcer des mots. La tension dans l'air me mettait mal à l'aise, je n'avais qu'envie de reprendre le premier vol vers Vancouver. Je savais que de l'autre côté des murs épais se trouvait Montréal, cette ville qui regorgeait de tant de souvenirs que j'essayais depuis plusieurs mois d'enfouir dans les méandres de ma mémoire. Toujours aussi «lectrice de je-sais-pas-quoi», Mel a posé sa main dans mon dos pour me rassurer et me pousser vers l'avant. Mes jambes avançaient toutes seules. Mon cerveau était déconnecté. Je n'arrivais toujours pas à croire que j'étais dans ma ville natale, celle que j'évitais. La vue des portes vitrées indiquant l'extérieur me figea. Elle n'a eu qu'à me regarder dans les yeux pour me montrer que tout allait bien aller, qu'elle était là pour ça. Mes pieds ont franchi les quelques pas qui nous séparaient de l'extérieur sans que je ne m'en aperçoive. C'est alors que je l'ai vu. Ma mère nous attendait à la sortie. Stupéfait, je suis restée dans l'embrasure de la porte de sortie, au grand déplaisir des autres voyageurs qui voulaient attraper un taxi rapido. Elle faisait les cents pas devant sa voiture, se rongeant les ongles comme je ne l'avais jamais vu faire. J'ai immédiatement su que quelque chose clochait. Jamais ma mère ne stressait ainsi. Mel a dut le sentir aussi parce qu'elle m'a serré la main automatiquement, serrant la sienne dans la mienne comme pour m'apaiser. Sa tête s'est tournée vers moi et ses yeux humides m'ont alors tout expliqués, sans un mot.

Kiya.

J'ai tiré Mel vers la voiture, j'ai pris le volant et j'ai roulé le plus rapidement possible selon les directions que ma mère me donnait. Et malgré l'adrénaline qui déferlait dans mes veines, le traffic m'empêcha d'avancer. Foutue heure de pointe un vendredi soir!

DANS LA TÊTE DE DAVID

Jamais je n'ai eu aussi peur de ma vie. Quand mon cellulaire a sonné et que la voix de Thalie-Anne a résonné, j'ai entendu mon c½ur rater un battement. Lee-Ann s'est mise à chialer parce que j'avais arrêté de la pousser. Mais lorsque j'ai demandé à Thalie ce qui était arrivé, la grenouille a arrêté et m'a fixé d'un drôle d'air. C'était comme si la Terre avait arrêté de tourner. Lors que j'ai fermé mon cellulaire, j'ai dut prendre un instant pour reprendre mon souffle. L'oxygène semblait ne plus vouloir se rendre à mes poumons. Ce n'était pas possible. C'est Lee-Ann qui m'a fait revenir à la réalité, en posant sa petite main sur la mienne.

LA : Papa ?
D : Viens grenouille, on a pas une seconde à perdre.

Je l'ai prise dans mes bras et je me suis mis à courir comme si ma vie en dépendait. Lee-Ann s'accrochait à moi avec toutes les forces qu'elle avait. J'ai senti qu'elle avait peur dès que j'ai sentit ses larmes sur ma peau. J'ai ralenti et je l'ai regardé droit dans les yeux.

D : Ma puce, il est arrivé quelque chose à maman. Je sais que papa va vite et que tu as peur, mais moi aussi j'ai peur, c'est pour ça que je cours. Ok ?

Elle hocha la tête et ressera son étreinte. Lorsque je vis finalement la maison, Charles m'y attendait. Je suis entré chercher des vêtements pour Lee-Ann, le soleil se coucherait bientôt. Je suis revenu et on est partit sans un mot.

J'ai laissé ma fille à Charles et j'ai couru le plus vite que j'ai pu jusqu'à l'intérieur de l'hôpital. Lorsque j'ai vu Thalie assise en indien au sol, dos au mur, la tête dans les mains, j'ai arrêté de respirer. Lily-Mai, les parents de Cutie, Seb, Jamie, les jumeaux... Tous assis, l'air perdu, attendant impatiemment quelque chose qui vraissemblablement ne venait pas. C'est Lily qui a tourné la tête en premier, les yeux pleins d'eau. Elle s'est levée pour venir me rejoindre au bout du corridor. Elle m'a serré dans ses bras. Et moi, comme un idiot, la seule chose que j'ai réussi à faire, c'est pleurer.

L'attente était insoutenable. Les dizaines de civières qui passaient en trombe devant nous, les médecins courant à gauche et à droite, les bruits sinistres des machines, tout était aliénant. Jamie était partie avec les jumeaux pas longtemps après mon arrivée. Un hôpital n'était pas un endroit pour des enfants, surtout pour Nolan, qui y avait passé trop de temps pour son problème de rein. Pierre était venu faire un tour avec Émy et Pat, mais ils étaient partis rapidement, Émy se sentant mal. Tout tournait si vite dans ma tête. Pourquoi était-ce arrivé ? Pourquoi après 8 mois de grossesse ? Pourquoi elle ? Une heure et demie seulement s'était écoulée alors que j'aurais pu jurer que j'attendais dans ce couloir depuis des années. Lee-Ann s'était endormie dans les bras de Lily.

Doc : Vous êtes de la famille de Kim Bérubé ?

Au son de son nom, je me suis levé d'un bond vers le docteur que je n'avais pas vu arriver. C'était sûrement le seul que je n'avais pas fixé lorsqu'il avait tourné le coin.

D : Je suis le père de son bébé.
Doc : Alors félicitation, vous êtes le père d'une petite fille en santé.

J'aurais cru que cette annonce m'enlèverait le poids de sur les épaules, mais au contraire, j'avais l'impression d'avoir un bloc de béton qui s'ajoutait.

D : Comment va Kim ?

Le docteur regarda le plancher, comme pour chercher comment répondre à ma question. Je sentis mon c½ur se briser en milles morceaux. Je l'imaginais, donnant sa vie en donnant la vie ; un acte courageux, certes, mais si égoïste. Il releva la tête et regarda tous les autres qui le fixait des yeux.

Doc : Vous avez de la chance d'avoir votre petite fille. Elle était en train de mourir lorsque votre femme est arrivée ici.

J'aurais dût réagir lorsqu'il a prononcé le mot «femme» mais ma tête était ailleurs.

D : Doc, s'il vous plait.
Doc : Le placenta s'est détaché. Votre fille suffoquait. Votre femme a eu plusieurs hémorragies...

Sa phrase resta en suspend. C'était fini. Ma fille serait le dernier souvenir que Cutie me laisserait.

D : Non ça se peut pas...

La phrase était sortie toute seule. J'aurais pu la retenir, mais je n'en avais pas la force.

Doc : Elle est présentement en chirurgie. On tente de stopper l'hémorragie. Son utérus a déjà été enlevé. Nous avons peur qu'elle ait fait éclater une veine de son cerveau en retenant le bébé à l'intérieur. Nous faisons des tests.
D : Qu'est-ce que ça veut dire ?
Doc : Les chances sont minces.

Si j'avais pu crier, je l'aurais fait. Mais ma vie s'écroulait devant mes yeux et la force me manquait.

D : Je veux voir ma fille.

Le docteur m'emmena avec lui vers la maternité. J'ai laissé Lee-Ann derrière moi. Je ne tenais pas à ce qu'elle me voit pleurer. Parce que je savais que les larmes ne pourraient être retenues très longtemps. Je l'ai trouvé tout de suite. Dans son petit incubateur, sa petite tuque rose sur la tête, toute silencieuse. Une infirmière me l'a tendu et je l'ai prise dans mes bras. Je n'ai pu retenir les torrents d'eau qui pointaient leur nez au coin de mes yeux. Elle était si petite, si fragile. Elle avait failli mourir quelques minutes plus tôt mais elle restait calme malgré la tempête. Elle était forte. Comme sa mère.

D : Tu auras la force de ta mère et le côté con de ton père. Tu vas être la star plus tard, le centre de l'attention. Tu vas être importante. Et je vais toujours être là, derrière toi. Ta mère sera toujours fière de toi, peu importe où elle sera. T'as compris Mia?

J'ai reniflé un coup. Mia a bougé un peu et a aggripé mon index avec sa petite main parfaite.

D : T'as une grande s½ur géniale, mon petit ouaouaron. Elle s'appelle Lee-Ann. Elle va t'adorer. Et plus tard, quand tu vas être dans ta phase où tu vas me détester à mort, elle va te parler de son enfance, quand j'étais pas là pour elle. Et elle va te raconter que moi et son parrain, on a magouillé contre ta mère pour que je puisse la voir. Parce que je ne suis pas un sans-c½ur comme tu vas te plaire à m'appeler. Mais je suis un père qui fait de son mieux pour rendre mes filles heureuses.

Ma vision était floue. J'ai bercé Mia pendant de longues minutes avant de la remettre dans son incubateur et retourner voir les autres. Lee-Ann s'était réveillée et m'a sauté dans les bras.

LA : Je t'aime papa.
D : Moi aussi je t'aime ma grenouille.
LA : Elle est comment ma petite s½ur ?
D : Elle est parfaite, comme toi quand tu es née.

Lee-Ann me serra dans ses bras, posant sa tête sur mon épaule. Je suis allé m'asseoir aux côtés de Lily. Les parents de Kim me regardaient, inquiets. Fixant le mur devant moi, j'ai parlé sans jamais cligner des yeux.

D : Elle a les cheveux blonds dorés, des petites mains toutes douces, des petits pieds qu'on a le goût de chatouiller. Elle garde les yeux fermés, elle préfère attendre que toute sa famille soit réunie pour les voir tous à la fois. Elle a mes lèvres, mes yeux, elle a son nez à elle et ses sourcils, qui font des accents circonflexes quand elle réfléchit trop fort. Ce sera une petite fille forte, qui aura le sens de l'humour, qui n'aura pas peur de foncer dans la vie pour se faire une place. Elle sera le centre d'attention tout le temps. Elle va mener la vie dure à Lee-Ann parce qu'elle aura du caractère. Mais elles vont être les deux meilleures amies du monde.

J'ai prit un temps pour remettre mes idées en place, pour essuyer les larmes de mes yeux. Il m'a semblé que plus personne ne respirait autour de moi.

D : Mia B. Desrosiers va déplacer de l'air comme sa mère. Elle va finir par être son portrait tout craché. Et je serai le papa le plus fier du monde, le fier papa de deux jolies filles.

Le silence s'imposa de lui-même. Les bruits de l'hôpital n'étaient plus qu'une trame sonore que personne ne remarque.

DANS LA TÊTE DE JEFF

J'avançais d'un mètre. J'arrêtais 45 secondes. J'avançais de deux mètres. J'attendais 50 secondes. Le traffic était si dense que j'avais l'impression de n'avoir pas bougé depuis que nous étions dans la voiture. Deux heures où tout dans la voiture était silencieux. Ma mère ne m'avait rien dit encore sur l'état de Kiya et je n'avais posé aucune question. Mon cerveau roulait à 100 milles à l'heure, contrairement à la voiture qui faisait du sur place. Frustré, j'ai appuyé sur le klaxon, mais ça ne changea en rien mon humeur.

Mel : Ça va bien aller Jeff... Je le sens.
J : MEL ARRÊTE DE DIRE ÇA ! TU SENS RIEN ! Tu fais juste dire ce que je veux entendre et c'est pas l'temps !

Je l'avais offusqué et je m'en foutais éperdument. J'en avais marre de ses prémonitions sensorielles. C'était ni le moment, ni l'endroit pour me ramener ces conneries à la figure. Je l'ai entendu fouiller dans son sac et sortir de la voiture en claquant la porte. J'ai baissé la fenêtre pour lui crier.

J : Mel reviens ici !

Elle s'est retournée vers moi et m'a fait un doigt d'honneur.

Mel : J'en ai plein l'cul de te pousser pour que tu vives ta vie! Pis quand j'finis par te faire réaliser que cette fille-là est fucking importante à tes yeux, tu m'envoies chier! J'suis tolérente mais quand même ! Que tu crois pas en ma capacité de sentir les choses, ça va. Mais que tu me rabaisses à cause de ça, no way !
J : C'est pas ça que je voulais dire !
Mel : Tu voulais dire quoi alors ? «Oh Mel, je suis conscient que tu es ô combien extraordinaire» ? Va te faire foutre Jeff !

Les voitures avancèrent et je les suivis, jusqu'à ce que je rattrape Mélanie. Je suis sortis de la voiture et je l'ai agrippé par le bras.

J : Tu peux pas m'abandonner maintenant !
Mel : Toi, tu m'as abandonné dès que je t'ai connu. Tu t'es empêché de vivre quelque chose avec moi parce qu'elle existait toujours, parce qu'elle était toujours là dans ta tête, même si tu t'empêchais d'y penser. J'ai toujours été deuxième. Ça m'allait jusqu'à tantôt. J'en peux plus.
J : Et tu fais quoi de ce que tu sentais ?
Mel : Je le sens toujours. J'ai juste pu la patience d'attendre que tu le découvres.

Elle continua à marcher et moi, je la regardais filer. Je suis retourné dans la voiture et m'a mère ma regardé sans rien dire. Plusieurs minutes plus tard, la porte côté passager arrière s'ouvrit et Mel s'assied en croisant les bras sur sa poitrine.

Mel : J'fais pas ça par plaisir. C'est juste que j'ai pas l'goût de faire du pouce avec tout ces obsédés qui m'ont regardé sur le bord de la rue depuis que je suis sortie. Et j'ai besoin d'un lift jusqu'au centre-ville.

Le silence se réinstalla et nous avons continuer d'avancer lentement mais sûrement sur l'autoroute achalandée.
Épisode 172 : Serait-ce la fin?

# Posté le lundi 15 juin 2009 19:50

Épisode 173 : Vouloir remonter le temps

Voici la suite! Désolé pour la mise en forme gras-pas gras, y'a un problème que je peux pas résoudre! Mais bonne suite quand même! Laissez pleins de comms!!!!

KIYA




DANS LA TÊTE DE JEFF

Le traffic ne semblait pas diminuer. Je regardais le temps passer en me disant que peut-être, comme par magie, je réussirais à le faire reculer de quelques heures, pour arriver avant tout ça à Montréal. Ma mère ne me disait rien sur son état. Elle ne savait rien. Tout ce que Charles lui avait dit, c'était que Kiya était entrée d'urgence à l'hôpital et que les ambulanciers avaient peur pour elle et pour le bébé. Mel restait silencieuse à l'arrière, les bras croisés sur sa poitrine, regardant à l'extérieur. À la radio, on annonça un gros accident qui bloquait la circulation sur l'autoroute qu'on empruntait. J'ai frappé mon volant en sacrant. Ma mère ne dit rien et se contenta de regarder au loin, cherchant sûrement quelque chose pour me calmer. Le stress et l'angoisse était pesant.

J : Je m'excuse Mel.
Mel : I don't give a damn.
J : J'suis sincère. Ça me stresse tout ça. J'ai peur pour elle. Et pour le bébé.
Mel : Jeff... T'as beau t'excuser d'avoir grimper dans les rideaux, ça change rien. Ce sera toujours elle avant tout le reste. Le jour où tu vas réaliser qu'elle appartient à quelqu'un d'autre, tu vas déjà avoir tout perdu.

Peut-être avait-elle raison après tout. Mais quelque chose me disait que je devais essayer encore, continuer d'espérer encore un peu qu'elle puisse être un jour à moi. Ma mère s'endormit sur son siège. Le stress relié à l'attente interminable de ce foutu traffic avait eu raison d'elle. Et moi, plus on restait statique, plus je me disais que peut-être je ne la reverrais plus jamais.

J : J'veux pas la perdre Mel... C'est ma meilleure amie, elle peut pas partir comme ça...

Je l'entendis se détacher puis, ses bras m'entourèrent.

Mel : Sois confiant. Elle est plus forte que tu crois.
J : Est-ce que ton 6e sens te dis qu'elle va s'en sortir ?

Elle rigola et soupira.

Mel : Ça, c'est à toi de le découvrir. Pas à moi de te le dire. Mais j'vais toujours être là quand même.

J'ai fermé les yeux. Les larmes montaient et je ne voulais pas pleurer. Je voulais être fort. Comme par magie, la circulation se remit en branle. Je regardais l'heure. 22h. Trop tard pour les visites. Sans réfléchir, j'ai proposé à Mélanie d'aller dormir chez mes parents et d'aller à l'hôpital tôt le lendemain. J'avais besoin de penser à tout ça avant d'aller voir les autres. Parce qu'il était clair que le reste de mon groupe était avec elle.

DANS LA TÊTE DE DAVID

Elle était sortie de chirurgie vers 21h30. J'ai pu aller la voir. Le docteur m'a dit qu'elle avait eu un arrêt cardio-respiratoir durant l'opération, mais qu'ils avaient réussi à la ramener. Mais ses chances de survie restaient minces. J'avais nourrit Mia au biberon. Les parents de Kiya restaient au chevet de leur fille et de leur petite fille. Mia était hors de danger, sa mère, elle, restait dans un coma. Selon les médecins, elle devrait sortir du coma d'ici quelques heures, quelques jours, quelques semaines peut-être. Ils n'en savaient rien. Ou s'il savait, ils préfèraient le garder secret. J'ai réussi à convaincre les parents de Kiya d'aller dormir. Sa mère avait de la difficulté à tenir debout tellement elle était vidée d'énergie. Thalie était avec Jamie qui paniquait à l'idée que quelque chose de semblable lui arrive. Sa grossesse était pratiquement à terme. C'était irréelle. Elle ne pouvait pas partir comme ça. Ma Cutie ne pouvait pas me laisser seule avec notre fille de près de 3 ans et un bébé naissant. L'infirmière m'a amené Mia. Lorsque je l'ai vu, j'ai immédiatement pensé à Lee-Ann. La petite avait pleuré toute la soirée parce qu'elle ne pouvait voir sa maman. Ben est venu la chercher pour qu'elle passe la nuit chez lui et Martin. Sam, Kyle et Josh devaient venir l'aider le lendemain pour s'occuper d'elle. Je savais qu'elle était entre bonne main. J'espérais seulement qu'elle puisse voir sa mère une dernière fois si jamais... Non, je ne devais pas penser à ça. J'ai posé Mia sur le torse de sa maman. Je sais pas, je me suis dit que peut-être au contact de sa fille, elle se réveillerait. Mais après 5 minutes, Mia s'est impatientée et j'ai dut la reprendre. Aucune réaction de Kiya. J'ai soupiré. Ça ne servait à rien que je passe la nuit ici. J'ai endormi la petite et je suis allé la porter à la pouponnière avant de rentrer à la maison, où je me suis étendue sur son lit, serrant son oreiller contre moi.

DANS LA TÊTE DE SEB

Jamais je n'ai vu Jamie si à l'envers. Elle était si inquiète pour le bébé qu'elle ne cessait de pleurer. Elle voulait avoir une césarienne au plus vite, pour qu'aucune complication ne survienne. Thalie essayait de la calmer, pendant que moi et Charles, on essayait d'endormir Nolan, Charlie et Thomas. C'était l'enfer. Tout allait bien pour Kiya pourtant. La grossesse l'enchantait, elle était en parfaite santé, David était heureux, ils avaient leur duplex... Et bang ! En un instant, tout s'écroule. J'ai serré Nolan dans mes bras, heureux de ne pas avoir à subir ce que David subit. Il s'est endormi dans son lit. Charlie a rapidement rejoint le monde des rêves, mais Thomas restait obstinément réveillé. On l'a amené au salon, Charles l'a bercé. Et j'ai décidé d'aller remplacer Thalie quelques instants, histoire qu'elle endorme son fils et qu'elle respire un peu. Je les ai trouvé dans notre chambre. Jamie était couchée sur le côté et Thalie lui caressait un bras en cherchant les mots pour la réconforter. Ma douce pleurait à chaudes larmes et ça me fendait le c½ur. J'ai fait signe à Thalie d'aller rejoindre son copain. Elle a fermé la porte en sortant. Je suis allé me coucher près de Jamie, passant ma main sur son gros ventre.

S : Ça va aller Jamie, arrête de t'en faire.
Jamie : Mais elle allait bien. Il pourrait m'arriver la même chose ! J'ai peur !
S : I know... Mais ne t'en fais pas. Tout va bien aller.
Jamie : Je veux accoucher maintenant !
S : Jamie, ça va juste faire du tort au bébé.
Jamie : Please Seb ! J'ai trop peur pour mon bébé. Je veux le voir, pouvoir être certaine qu'il est ok.
S : Mais il est ok ! Tout est parfait chérie ! Un bébé en santé, il a tous ses membres, son corps est bien développer, il est bien dans ton ventre alors il y reste jusqu'à ce qu'il soit prêt à nous rencontrer.
Jamie : Je veux accoucher le plus tôt possible. J'ai l'impression que David va me regarder en pensant encore plus à Kimy et j'ai pas envie de le rendre triste.
S : Jamie... Ne t'en fais pas pour lui. On est là. On va l'aider. Il a Mia, Lee-Ann, la famille de Kay, la sienne... Tout va bien aller. Maintenant, je veux que tu dormes, t'as eu une grosse journée de stress. Prends soin de toi et du bébé, ok ?

Elle hocha la tête et se cala dans mes bras. J'ai chanté un peu, histoire de la calmer et l'endormir. Une fois qu'elle était au pays des rêves, je suis retourné au salon voir Thalie et Charles. Thomas s'était finalement endormi dans les bras de sa maman qui elle, se retenait pour ne pas debout.

S : Vous pouvez coucher dans la chambre d'amis si vous voulez. Il est tard et je vois bien que vous êtes fatigué.
C : T'es sûr que ça va aller Seb ?
S : Jamie s'est endormie. Elle est stressée, c'est tout. C'est pas de moi qu'on doit s'inquiéter mais de David.
C : C'est sûr...
T : Vous croyez qu'elle va s'en sortir ?

Charles la prit dans ses bras et embrassa ses cheveux.

C : J'ai jamais connu quelqu'un d'aussi tête dure. Elle va vouloir voir sa fille. Elle va revenir. Elle est forte. T'en fais pas...
T : Mais on dit toujours ça... Est-ce que ça va arriver ? J'aimerais que Jeff soit là...
S : Il va finir par revenir. Il peut pas vivre le reste de sa vie caché on sait pas où.
T : J'espère que t'as raison, sinon, ça va être l'enfer.

Je leur ai indiqué la chambre d'amis. Ils se sont couchés rapidement. Et moi, je suis allé voir mes jumeaux, en me demandant si eux aussi, un jour, auraient besoin de se séparer pour mieux vivre, comme Jeff avait fait avec Kiya.

DANS LA TÊTE DE JEFF

J'ai ouvert les yeux très lentement. La nuit avait été un long cauchemar qui ne cessait de me réveiller à toutes les demies-heure. Mel, couchée à mes côtés, n'avait pas dormi non plus, si je me fiais aux cernes mauves sous ses grands yeux à demi fermés. Je l'ai regardé un instant puis, je lui ai donné une pichenotte dans le front, pour la réveiller un peu plus. Elle est plus belle lorsque ses grands yeux noisettes sont ouverts et plein de vie. Elle a rétorqué avec un petit coup de poing sur mon épaule et je me suis mis à rigoler. Il n'y avait que nous deux pour nous battre dès le lever du soleil. Je me suis finalement levé et j'ai rapidement enfilé une chemise et un jeans. Mel est restée dans le lit, elle me regardait en souriant.

J : Quoi ?
Mel : T'es tout dépeigné.
J : T'es drôle toi, j'ai pas de cheveux !
Mel : J'imagine que t'es tout dépeigné et je trouve ça drôle !

Je lui ai sourit en passant ma main sur mon crâne lisse. J'ai quitté la chambre en lui disant de descendre dès qu'elle aurait prit sa douche et se serait habillée. Elle a hoché la tête et je suis allé à la cuisine. Ma mère m'avait laissé un mot. Elle devait absolument aller au travail et s'excusait de ne pouvoir aller à l'hôpital avec nous. Elle nous laissait la voiture pour y aller. Étrangement, depuis que je m'étais réveillé, je n'avais pas encore songé à Kiya. J'ai soupiré et je me suis fait un café noir, pour me donner un peu de courage, et surtout pour me remettre les idées en place. Aujourd'hui, j'irai à l'hôpital la voir. Et je verrai David. Sûrement Seb et Jamie. Émy peut-être, avec Pierre sûrement. Mais le pire, ce serait de revoir Thalie-Anne. De la voir me juger. Elle était ma meilleure amie également, malheureusement pour elle, je l'ai toujours fait passer en deuxième parce que je suis un imbécile. Elle me jugera sévèrement puisque j'ai blessé sa Bella. Et je ne pourrai qu'encaisser et tout prendre au visage parce que c'était ce que je méritais. Mel est venue me rejoindre, les cheveux humides, portant toujours une de mes chemises. Elle se servit un café et lu le message de ma mère.

Mel : Alors, on part quand pour l'Afrique ?
J : L'Afrique ?
Mel : T'as une face de gars qui va souffrir le martyr à l'hôpital et qui préfèrerait partir en Afrique plutôt qu'aller mourir à l'hôpital.
J : Je déjeune et on part.
Mel : Est-ce que ton plan implique me faire manger ou bien si moi j'dois jeûner ?
J : Toi, tu vas manger du Jello rouge d'hôpital !
Mel : Ben là ! Pourquoi tu penses que le monde reste à l'hôpital ! Parce que ça rend malade le Jello rouge !

Son visage de fille outrée m'a fait rire. Je suis content qu'elle ne m'en veuille plus. Mais je ne sais quand même pas pourquoi elle a arrêté de me bouder.

J : Merci de me laisser une deuxième chance Mélanie.
Mel : Bah... Tu faisais tellement pitié hier, j'pouvais pas te faire suer en plus. Et puis, j'ai beau savoir qu'on va faire notre vie ensemble, je sais pas quand ça va commencer. Alors c'est mieux que je reste pas trop loin de toi, juste au cas.

J'ai rit et je suis allé chercher les boîtes de céréales, des bols, du lait et des cuillères. On a déjeuné en regardant la télévision. Je suis monté prendre ma douche pendant que Mel mettait son linge à elle. Puis, aussi silencieusement que si nos vies en dépendait, on a prit la voiture de ma mère et on a roulé jusqu'à l'hôpital en écoutant un CD qu'elle avait amené de Vancouver. «Naked As We Came» de Iron & Wine jouait doucement et calmait mes pensées qui semblaient déboulées à une vitesse folle. Je ne sais pas qu'elle énergie je dégageais, mais Mel posa sa main sur mon épaule, sans dire un mot. La pression que j'avais sur les épaules s'évapora doucement. Je lui souris et elle ramena sa main sur sa cuisse et posa son regard sur l'horizon, du moins, ce qu'il y avait d'horizon au centre-ville. J'ai stationné la voiture dans le stationnement de l'hôpital. J'ai arrêté le moteur mais j'ai figé. Je revenais après 4 mois d'absence faire face aux erreurs que j'avais faites, et revoir mes meilleures amies dont une était probablement entre la vie et la mort.

Mel : Ça va aller Jeff ?
J : Je l'espère. T'es prête ?
Mel : C'est à moi de te poser la question je crois.
J : Je serai jamais prêt à voir ma meilleure amie mourir.
Mel : Alors on y va !

Elle est sortie et est venue m'ouvrir la porte. Je suis sortit sans lentement, essayant de repousser ce rendez-vous certain avec la mort.

DANS LA TÊTE DE MEL

Entrer dans l'hôpital sembla être une tâche surhumaine pour Jeff. Son énergie m'obligeait à partager toute la douleur, tout le stress et surtout, tous ses regrets. Tout ça m'affectait autant que lui. Par contre, je vivais cela d'une autre façon. Pour moi, l'important, c'était qu'il soit bien et qu'il retrouve ses amis. Je n'étais là que pour l'épauler. J'avais l'impression que c'était là où je devais être à l'instant même. Je n'aurais pu l'expliquer. Jeff s'est arrêté une fois qu'il avait les deux pieds dans l'hôpital. Tout le monde semblait courir partout, les infirmières, les docteurs, les patients. Je sentais que son c½ur battait si vite qu'il avait simplement envie de faire marche arrière. Sans réfléchir, j'ai glissé mes doigts entre les siens. Il a tourné la tête vers moi et je lui ai fait un petit sourire. Tout allait bien aller. Ses amis l'accueuilleraient à bras ouvert. Par contre, à cet instant, je me mis à douter de la force de cette fille de rester en vie. Il m'a rendu mon sourire et je l'ai entraîné vers la réception, où on a demandé la chambre de Kim Bérubé. Une fois l'information mémorisée, c'est lui qui m'a entraîné vers l'ascenseur. Il a appuyé sur le bouton du 9e étage et les portes se sont refermées. J'ai senti sa main serrer la mienne plus fort au fur et à mesure que l'ascenseur s'approchait du 9e. J'ai posé mon autre main sur son bras et je l'ai regardé.

Mel : T'as intérêt à te détendre un peu, parce que sinon, tu vas éclater rendu là-bas. Take it easy. Everything's fine.
J : Je te fais confiance.

La porte s'est ouverte devant nous et immédiatement, la tension que je venais de lui enlever des épaules lui était revenue. Je ne comprenais pas. Il n'y avait personne que je connaissais devant nous. Mais il semblait avoir reconnu quelqu'un qui avait fait changer son calme pour de l'anxiété. J'ai senti ses doigts lâcher ma main et il a accouru au bout du corridor. Je suis restée dans l'ascenseur, me demandant si je devais le suivre ou non. Généralement, j'aurais pu dire ce que je devais faire, mais à ce moment, tout semblait s'embrouiller. Et la dernière fois que tout c'était embrouillé ainsi, ma vie avait basculé.

DANS LA TÊTE DE JEFF

J'ai vu Lily-Mai assise au sol, le dos contre le mur. Je n'ai pas pu m'empêcher de courir la rejoindre. Je me suis penché devant elle, l'obligeant à me regarder dans les yeux. Ses yeux étaient si rouge que j'avais de la difficulté à me concentrer sur ses iris bleu-gris. Elle essuya ses larmes un instant, sûrement pour débrouiller sa vue. Lorsqu'elle me reconnue, ses yeux s'illuminèrent d'un coup et elle se jeta dans mes bras en pleurant encore. Je l'ai serré le plus fort que je pouvais, retenant moi-même mes larmes.

J : Lily, dis-moi je t'en supplie.
Lily : Je... Je sais pas... J'veux savoir aussi, j'en peux plus.

Je me suis assis à côté d'elle et j'ai passé mon bras autour de ses épaules. Elle a déposé sa tête sur mon épaule et j'ai tenté de retenir les larmes qui montaient. J'ai tourné la tête juste à temps pour voir la porte de l'ascenseur se refermer sur Mélanie. J'aurais dût la rejoindre, mais maintenant que j'étais ici, impossible de partir. Quand David est sortit de la chambre, il fixait le plancher. J'ai levé la tête vers lui, mes yeux humides essayaient de focusser sur son visage, cherchant une réponse que j'attendais impatiemment sans vraiment vouloir le savoir. Lorsqu'il m'a vu, il a figé. On s'est regardé un temps. J'ai vu une larme glisser sur sa joue. Lily nous regardait mais n'osait pas parlé.

D : T'es venu.
J : Est-ce que je suis trop tard ?

David serra les lèvres ensemble, il retenait un sanglot. Je me suis levé et j'ai posé mes mains sur ses épaules. Je devais savoir.

J : David, please, tell me.
D : Elle a fait un arrêt cardiaque pendant la nuit. Ils l'ont ramené mais ils ne croient pas qu'elle va s'en sortir. On vient d'avoir un bébé pis elle part. I wanna die Jeff...

J'ai eu l'impression de me faire passer dessus par un semi-remorque. Je ne la reverrai plus jamais sourire. Je ne la verrai plus jamais éclater de rire à une de nos farces plates. Je ne l'entendrai plus jamais chanter notre chanson, plus jamais s'occuper de sa fille, de ses filles. Le c½ur voulait me sortir de la poitrine. Pourquoi vivre quand elle était partie ? Tout perdait son sens. J'ai serré David dans mes bras et on s'est mis à pleurer ensemble. Lily s'est levée et a quitté l'hôpital sans un mot, ses sanglots l'empêchant certainement de dire quoi que ce soit. Et moi, je ne faisais que penser à son visage la dernière fois que je l'ai vu. Son visage si triste, si défait lorsque je l'ai quitté. La dernière chose que je lui avais dites c'était que je ne voulais pas la voir. Je lui avais écrit que je ne voulais pas la voir, qu'elle m'avait blessé. Le dernier souvenir de moi qu'elle aura, c'est cette lettre à la con que je lui ai laissé, cette lettre pleine de haine écrite sur un vieux papier.

J : Je m'excuse tellement David.
D : Je sais. Tu pouvais pas savoir.
J : J'aimerais la voir.
D : Les infirmières vérifient des trucs. On en a pour 10 minutes. Tu veux voir Mia ?

J'ai hoché la tête. Mia. C'était un joli prénom. Si je me souviens bien, Kiya avait toujours aimé ce prénom. Lorsqu'on était jeune et qu'on rêvait à notre futur, c'était un nom qu'elle nommait souvent. J'ai suivi David jusqu'à la pouponnière. J'ai regardé par la fenêtre et je l'ai immédiatement reconnu. Elle avait les lèvres et les yeux de David mais les sourcils et le nez de mon amie. Elle avait ses petits poings fermés sur le bord de la tête et dormait profondément. Elle ressemblait tellement à sa mère lorsqu'elle dormait. Du Kiya tout craché. Ce petit sourire en coin était une copie conforme de sa mère. David m'a amené le bébé et me l'a tendu. Je l'ai prit dans mes bras et je n'ai pu empêcher les larmes de couler. Ça aurait pu être notre bébé. Ça aurait pu être mon enfant et pas le sien. J'aurais pu avoir une partie d'elle pour moi. Juste d'y penser, j'entendais mon c½ur se briser en milliers de morceaux.

D : On allait demandé à Pierre et Émy d'être parrain-marraine. C'était notre manière de leur dire qu'ils sont faites l'un pour l'autre. Mais si elle meurt...

Il dut prendre un temps pour reprendre son air.

D : Si jamais... enfin. Je vais demandé à Lily-Mai et à Ben. Pour qu'ils restent toujours dans la vie des filles.
J : Lily et Ben seront parfaits. Pierre et Émy savent qu'ils s'aiment. Ils ne savent pas comment se le dire, c'est tout.

Mia s'est réveillé. Elle a ouvert les yeux, tout doucement et m'a regardé. Et elle s'est mise immédiatement à pleurer, comme si elle était consciente que j'étais la personne qui avait fait souffrir sa mère. David l'a pris dans ses bras et lui a chanté une «The Sun's Eyes». Elle s'est calmé rapidement. Ses filles aiment bien l'entendre chanter faut croire.

D : C'était la première fois qu'elle ouvrait les yeux.

David se renfrogna. Je venais de briser quelque chose en lui. Je me sentais si mal.

J : Je m'excuse.
D : Bah... C'est rien, c'est pas ta faute. J'espérais qu'elle ouvrirait ses yeux seulement lorsqu'elle serait réveillée...

J'ai baissé les yeux. Je savais que moi aussi, je me serais rattaché à des espoirs comme celui-là. Il a remis sa fille dans son incubateur et l'a laissé aux soins des infirmières de pédiatrie. On est retourné à la chambre. Une infirmière est sortie et nous a regardé gravement.

DANS LA TÊTE DE MEL

J'ai tenté de sortir de l'hôpital. Mais j'en étais incapable. J'aurais voulu pouvoir m'éloigner de Jeff et simplement repartir à zéro à Montréal, comme je l'avais fait auparavant à Vancouver et à Chicago quelques années plus tôt. Mais mon corps ne voulait pas franchir les quelques mètres qui me séparaient de la sortie. Quelque chose m'en empêchait et j'avais appris, avec le temps, à écouter ce qui se passait. Alors j'ai tourné les talons et je suis allée à la cafétéria pour prendre un café. J'ai acheté un muffin aux carottes et je me suis assise à une table, seule. Je n'avais pas d'appétit. Je me demandais réellement pourquoi j'avais pris la peine de payer près de 2 dollars pour un muffin que j'allais probablement jeter à la poubelle. J'ai prit une lampée de mon café noir. L'image de Jeff serrant cette fille dans ses bras m'avait fait comprendre que je n'avais pas ma place à cet endroit, à ce moment-là. J'ai déballé mon muffin, il devait y avoir un rouleau complet de pellicule plastique là-dessus. Je ne réussissais pas à trouver le bout de papier qui m'aiderait à le déballer. Et étrangement, j'ai été submergé de rage à cause de ce foutu muffin. J'ai fini par le lancer au bout de mes bras. Il est atterrit sur le plateau d'une femme, dos à moi. Elle s'est retourné et j'ai posé mon visage dans mes mains en soupirant. J'étais conne. Je laissais toutes mes émotions remonter à la surface alors que je savais que c'était ce qui me mettait toujours dans l'eau chaude. La dame s'est tournée vers moi et j'ai levé les yeux. Elle me regardait en souriant.

Dame : Dépassée par les évènements ?
Mel : Juste dépassée par les muffins aux carottes.

Elle prit son plateau et vint me rejoindre. Je n'avais pas envie de discuter avec elle, mais quelque chose me dit que je devais entendre ce qu'elle avait à me dire.

Dame : Ton copain est hospitalisé ?
Mel : J'ai pas de copain. C'est l'amie d'un ami.
Dame : Tu la connais bien ?
Mel : Comme si je l'avais tricoté. Mais je l'ai jamais vu.
Dame : Ah, je vois.

J'ai pris une gorgée de café. Elle m'a tendu la moitié de son panini. Je l'ai pris sans dire un mot et j'ai croqué à belle dent dedans. Je me sentais bizarre. J'avais l'impression que quelque chose interférait avec mon esprit. J'ai eu envie de parler à cette femme qui m'était inconnue, envie de lui confier mes problèmes.

Mel : Cette fille, elle est en train de mourir après avoir donné la vie. Et mon ami ne peut enlever cette fille de sa tête, il en est amoureux fou alors qu'elle a deux enfants avec un autre. Et moi, je sais qu'il n'est pas fait pour elle, je le sens dans mes trippes. J'essaie de lui ouvrir les yeux mais c'est au dessus de mes forces. L'amour qu'il porte à cette fille est plus fort que ce que je croyais.

La dame me regarda un instant. Je pris une nouvelle gorgée de café.

Dame : Je vais te dire une chose que je ne te répèterai pas deux fois. Alors écoute-moi bien. Tu dois apprendre que tout ce que tu ressens ne sera pas toujours la totale vérité. Ton esprit peut te jouer de vilains tour. Tes émotions vont se mêler à ton instinct et tu perdras le nord. Ne te fis pas qu'à ton instinct, il pourrait être biaisé. Tu dois apprendre à laisser aller la vie et ne pas la forcer. Parce que c'est lorqu'elle se sent obligée de faire quelque chose qu'elle le fait tout croche.

J'ai regardé la dame dans les yeux. J'avais l'impression qu'elle avait compris en un instant toute ma vie. Comme si elle avait vu en moi que j'avais cet espèce de don. Et maintenant, je n'avais plus de mots.

Dame : Il y a une raison pourquoi tu es toujours ici, dans cet hôpital, alors que tu n'as rien à y faire. Mais laisse le destin te montrer pourquoi. Ne cherche pas à répondre par toi-même. Tiens.

Elle me tendit l'autre moitié de son sandwich et se leva, apportant avec elle son plateau. Je l'ai regardé sortir de la cafétéria. J'avais l'impression de voir un ange. Mais je savais très bien ce qu'était cette femme. Elle était comme moi. Comme ce que je voulais devenir plus tard. J'ai mangé le panini et je me suis commandée un second café. Et je suis restée là, assise au milieu de la cafétéria de l'hôpital, à observer les gens qui y entraient.


***PHOTO PRISE SUR LE NET, CRÉDIT À LA PHOTOGRAPHE, Lisa Mark.***
Épisode 173 : Vouloir remonter le temps

# Posté le mardi 22 septembre 2009 22:57

Modifié le mercredi 23 septembre 2009 10:43